La mer repose - Crépuscule d'un cycle - Jean-Marie Loison-Mochon

La mer repose

Dans les bras des abers

Je n’en vois pas la fin

De fois en fois je m’envoie sur ces berges

Je me vois effiler mon corps

Et je sens dans ces bois, l’énergie filer

Deux bras de mer, aux corps en cordon

Encore et encore un coude, un recoin

Deux abers, dont sortir est un défi

Je défie les lois de l’abnégation,

Et cette sensation d’être enfermé

D’être avalé par la matrice

Quand la saison me file des métaphores

La mer doit en être amatrice

Cet aber-là, il a deux ponts comme la rade

C’est aberrant et il s’en faut de peu

Pour que je crois que l’on se moque de moi

C’est amusant si l’on veut

Tout un sauf un syllogisme

Mais logique si l’on veut

Je m’agite dans ces vases crépusculaires

Ici le vent ne court pas trop

Je m’agrippe à l’abnégation

Dans ces vases marines, je me fais la fleur d’efforts

A la face de sensations et pensées

Quand le chemin taquine et fait des farces

Je m’efforcerais de ne pas les voir, que je les verrais

Ce soir vers le large, j’irais presque mais

Depuis que le crépuscule émerge en moi

Depuis mai que je ne capitule qu’au jour

On m’oppose un mais ce soir

Sur le sentier la mer repose

Je le sens tirer sur la métaphore

Comme si le phare lui dictait des doublons

Comme si le phare émettait une objection

Qu’il avait passé là dans les bras, la mer

Je me piquerais bien d’un peu de houblon

Dans les bras de l’aber ce soir

Le sentier me picore et m’arrête

La marée l’a comme avalé : impasse

Je passe au loin à l’envolée dans les hameaux

Amarré à l’idée qu’il y a deux ponts, deux abers

Que j’ai beau voler, l’âme aux ivresses

Ils embrument encore ma persévérance

Que je bois comme un remède, une potion

Aux maudites métaphores qui vont par deux

Remède ou potion n’empêchent pas la redite

Dans les marais de mes redites d’abers

L’horizon doit se marrer à m’attendre

Et à me tendre par la mer, sa redite

L’impasse se répète un peu plus loin

Le sentier serpente et puis plus rien

Dans les derniers bras de l’aber !

Deux ponts en rade et deux abers

Deux ports dans l’aber ce soir, passons

Et deux impasses maintenant

Je ne passerai pas ce soir

Le crépuscule me tendant la main

Et je me repasse les sens à tout ça

L’impasse au crépuscule, et sa jumelle

Je n’en dépasserai pas l’horizon ce soir

J’ai le jus mais pas la lueur, elle est formelle

Et la métaphore est formée, féminine et taquine

Je métabolise les sens, entre mes forces et l’usure

Je musarde en détours

Je me hasarde en des tours de pensées

Le phare doit se marrer à l’embouchure

Féminine issue, quand mon sentier a deux impasses

Le crépuscule est impassible : ennuagé

J’y chemine à son insu, dans des sens suggérés

Comme en une mine de pensées, dans les bras de l’aber

A l’abordage du sens véritable

A l’impasse et sa sœur, à la bordure de la nuit

A jouer au coureur l’un passe : crépuscule

A courir enjoué j’enlace ces sens : minuscules

Je n’en rejoue pas le sens, à me suggérer être l’impasse

Il est impossible que l’horizon me soit ainsi

Car je suis un possible et je reviendrai

Je retiendrai l’essence, d’une prochaine floraison

D’une prochaine floraison de crépuscule

 

Jean-Marie Loison-Mochon

Crépuscule d’un cycle

2022-10-25 18.09.43
S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires