La mer repose
Dans les bras des abers
Je n’en vois pas la fin
De fois en fois je m’envoie sur ces berges
Je me vois effiler mon corps
Et je sens dans ces bois, l’énergie filer
Deux bras de mer, aux corps en cordon
Encore et encore un coude, un recoin
Deux abers, dont sortir est un défi
Je défie les lois de l’abnégation,
Et cette sensation d’être enfermé
D’être avalé par la matrice
Quand la saison me file des métaphores
La mer doit en être amatrice
Cet aber-là, il a deux ponts comme la rade
C’est aberrant et il s’en faut de peu
Pour que je crois que l’on se moque de moi
C’est amusant si l’on veut
Tout un sauf un syllogisme
Mais logique si l’on veut
Je m’agite dans ces vases crépusculaires
Ici le vent ne court pas trop
Je m’agrippe à l’abnégation
Dans ces vases marines, je me fais la fleur d’efforts
A la face de sensations et pensées
Quand le chemin taquine et fait des farces
Je m’efforcerais de ne pas les voir, que je les verrais
Ce soir vers le large, j’irais presque mais
Depuis que le crépuscule émerge en moi
Depuis mai que je ne capitule qu’au jour
On m’oppose un mais ce soir
Sur le sentier la mer repose
Je le sens tirer sur la métaphore
Comme si le phare lui dictait des doublons
Comme si le phare émettait une objection
Qu’il avait passé là dans les bras, la mer
Je me piquerais bien d’un peu de houblon
Dans les bras de l’aber ce soir
Le sentier me picore et m’arrête
La marée l’a comme avalé : impasse
Je passe au loin à l’envolée dans les hameaux
Amarré à l’idée qu’il y a deux ponts, deux abers
Que j’ai beau voler, l’âme aux ivresses
Ils embrument encore ma persévérance
Que je bois comme un remède, une potion
Aux maudites métaphores qui vont par deux
Remède ou potion n’empêchent pas la redite
Dans les marais de mes redites d’abers
L’horizon doit se marrer à m’attendre
Et à me tendre par la mer, sa redite
L’impasse se répète un peu plus loin
Le sentier serpente et puis plus rien
Dans les derniers bras de l’aber !
Deux ponts en rade et deux abers
Deux ports dans l’aber ce soir, passons
Et deux impasses maintenant
Je ne passerai pas ce soir
Le crépuscule me tendant la main
Et je me repasse les sens à tout ça
L’impasse au crépuscule, et sa jumelle
Je n’en dépasserai pas l’horizon ce soir
J’ai le jus mais pas la lueur, elle est formelle
Et la métaphore est formée, féminine et taquine
Je métabolise les sens, entre mes forces et l’usure
Je musarde en détours
Je me hasarde en des tours de pensées
Le phare doit se marrer à l’embouchure
Féminine issue, quand mon sentier a deux impasses
Le crépuscule est impassible : ennuagé
J’y chemine à son insu, dans des sens suggérés
Comme en une mine de pensées, dans les bras de l’aber
A l’abordage du sens véritable
A l’impasse et sa sœur, à la bordure de la nuit
A jouer au coureur l’un passe : crépuscule
A courir enjoué j’enlace ces sens : minuscules
Je n’en rejoue pas le sens, à me suggérer être l’impasse
Il est impossible que l’horizon me soit ainsi
Car je suis un possible et je reviendrai
Je retiendrai l’essence, d’une prochaine floraison
D’une prochaine floraison de crépuscule
Jean-Marie Loison-Mochon
Crépuscule d’un cycle