Gémellité des mondes
Une femme une fille, dans les bois
Et j’ai filé
J’avais l’émoi pourtant, l’étoile et sa fille
Et ça file si vite, à l’Ouest
Et dans les mois qui suivent, en filant
A la va-vite d’un soir d’hiver
Dans cette lave livide d’une plage d’hiver
Un savant crépuscule dessine
Un cliché que la magie n’aurait pas mieux produit
Une femme et sa fille, en embuscade
Le cliché varie d’une fine lettre au prénom
La pénombre va pour s’enticher de nous mais
Le sort me noue la gorge et dans les genoux
L’ombre d’une fillette du même âge
Et danse un crépuscule, et dans ce cycle qui débute
L’ombre d’un passé récent et rutilant
Il rugit en moi, il surgit à peine quelques mois…
Après, un même prénom : je suis la proie
Je suis la voie de ces images avant la nuit
Une femme aimante et sa fille
Sa fille aimantée à ses genoux
Et cette femme aimante encore un passé récent
De la plage vient une sœur, assez ressemblante
Une femme une fille un jour dans les bois
Cette femme-là avait une sœur
Un sang même plus que parallèle
Une femme sa fille, à jouer dans la nuit
Ce soir sur la plage, filiation des temps
Et avant la nuit, l’image m’interpelle
Une sœur jumelle, aussi
J’oscille, je tangue, la mer est calme pourtant
Le ciel tend au pourpre
Et pour un peu je crois comprendre
Qu’une femme sa fille, sa sœur font le sort
Des images jumelles, des bois à la plage
Des mois à peine, et la rage sans la peine
A pleines lueurs je bois ces parallèles
D’un prénom, d’un âge, d’une sœur qui appellent
Qui happent là les couleurs d’un crépuscule
Jean-Marie Loison-Mochon
Crépuscule d’un cycle