A la pointe de l’usure
Je parcours la surface
A la pointe de tout près d’une Sein nourrie de sel
Je suis de ceux qui parcourent la surface
De la pointe, évanescent ou puissant
C’est un jour qui puise en ceux qui s’aventurent
A la pointe, là où je parcours la surface
Le jour s’amenuise et j’évente une ruée dans l’écume
A ma mesure et sans nuire je suis regards
Je veux être nuit ou rien, j’en vante le feu
Ma mesure est le néant, et je m’y amenuise souvent
Quand l’usure sévit ou que l’ivresse s’évide
Qu’une cassure contrarie, ces vides me dépècent
Je suis dépassé par mon propre chaos, des avaries de vide
Déposées là sur mon visage, alors j’essaie d’en rire
Pour en faire de nouvelles et semer dès à présent
Semer des après, sans m’user de culpabilité
Alors je cours et mes regards se renouvellent
Je parcours la surface et vois ces défilés
De vapeurs froides qui courent, relevées comme des filets
Quand on n’est rien on peut défier les lois
De la gravité, la tristesse, l’usure ou la colère
La colère et l’usure et la tristesse, sont des genres de gravité
Et je grave ici, en regards à la pointe
Cette idée que je parcours la surface
Il est invisible et puissant, rugissant et risible
Ou nuisible à ceux qui se risquent vers Sein
Moi sur le versant terre, je perçois le vent
Je le sens terrible, comme une vacuité en rage
Il rugit et crible tous les passants
Je parcours la surface et l’écris en pensées
Je suis égal au vent, zélé maintenant
A court demain ou dans l’instant
Je tombe ici, je relève là les vagues
Impertinent et insistant, je crève l’inertie
Et le rêve de cuver l’inertie m’achève
J’échoue et me relève, je parcours la surface
Je ne me donne pas de trêve, je les subis
Et quand à court de vie, accourt à nouveau l’énergie
D’être et m’adonner à je ne sais quelle ivresse
A je ne sais quel à-coup adoré
Je m’argente de nuages, amalgamé à l’orée
De tempêtes au crépuscule : la pente au jour
Je parcours la surface de la pointe
Impétueux à la bascule et frileux en d’autres heures de la pendule
Le vent je lape en lui l’idée
D’un peu de ce que je suis, fièvre désarticulée
Appelant la nuit, en ferveur crépusculaire
Jean-Marie Loison-Mochon
Crépuscule d’un cycle