A la pointe de l'usure - Jean-Marie Loison-Mochon - Crépuscule d'un cycle

A la pointe de l’usure

Je parcours la surface

A la pointe de tout près d’une Sein nourrie de sel

Je suis de ceux qui parcourent la surface

De la pointe, évanescent ou puissant

C’est un jour qui puise en ceux qui s’aventurent

A la pointe, là où je parcours la surface

Le jour s’amenuise et j’évente une ruée dans l’écume

A ma mesure et sans nuire je suis regards

Je veux être nuit ou rien, j’en vante le feu

Ma mesure est le néant, et je m’y amenuise souvent

Quand l’usure sévit ou que l’ivresse s’évide

Qu’une cassure contrarie, ces vides me dépècent

Je suis dépassé par mon propre chaos, des avaries de vide

Déposées là sur mon visage, alors j’essaie d’en rire

Pour en faire de nouvelles et semer dès à présent

Semer des après, sans m’user de culpabilité

Alors je cours et mes regards se renouvellent

Je parcours la surface et vois ces défilés

De vapeurs froides qui courent, relevées comme des filets

Quand on n’est rien on peut défier les lois

De la gravité, la tristesse, l’usure ou la colère

La colère et l’usure et la tristesse, sont des genres de gravité

Et je grave ici, en regards à la pointe

Cette idée que je parcours la surface

Il est invisible et puissant, rugissant et risible

Ou nuisible à ceux qui se risquent vers Sein

Moi sur le versant terre, je perçois le vent

Je le sens terrible, comme une vacuité en rage

Il rugit et crible tous les passants

Je parcours la surface et l’écris en pensées

Je suis égal au vent, zélé maintenant

A court demain ou dans l’instant

Je tombe ici, je relève là les vagues

Impertinent et insistant, je crève l’inertie

Et le rêve de cuver l’inertie m’achève

J’échoue et me relève, je parcours la surface

Je ne me donne pas de trêve, je les subis

Et quand à court de vie, accourt à nouveau l’énergie

D’être et m’adonner à je ne sais quelle ivresse

A je ne sais quel à-coup adoré

Je m’argente de nuages, amalgamé à l’orée

De tempêtes au crépuscule : la pente au jour

Je parcours la surface de la pointe

Impétueux à la bascule et frileux en d’autres heures de la pendule

Le vent je lape en lui l’idée

D’un peu de ce que je suis, fièvre désarticulée

Appelant la nuit, en ferveur crépusculaire

 

Jean-Marie Loison-Mochon

Crépuscule d’un cycle

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