La forme d’une île

Qu’elle était belle cette île
Elle t’appelait, nous appelait
Quelle île ? Eh !
Elle tape les tempes maintenant

De pensées indociles, dépensées dans le vide

Happées comme par une crampe au cœur

Une île au cœur du vide

Elle tape les tempes, des temps d’avant

Tant d’avants, d’avenirs

Elle tape les tempes pour sortir

Tant d’îles, mais quelle île enfin ?

Dans un déversoir de pensées, je pourrais le dire

Indocile arrosoir de passés, en fronde

Date anniversaire ici ou là : tu sais

Une averse au soir, une robe de boue

Ton teint rosi dans un genre de bouge

Au versant d’un an, des billets d’où je t’écris

Tintamarre mal rangé de mots sous 29

Motion pour l’amour vers une île encore neuve

A la marée partir, d’un port près d’Orange

Biberon de sel, de ciel sans orage

A l’amour partir, des rues de ports mélangés

Parvenir à nous, rire et souffrir au sentier

Charge au dos, charge au cœur, dans les changements je dérive

Charge explosive de joies, de fleurs en robe

Enrobage aux senteurs de ta voix

Île presqu’addictive en toi

Mais quelle île enfin ?

Presqu’île de phrases inexpressives

Une île n’a pas de fin, comme l’amour au fond

Mais toute île a sa forme, lascive et frondeuse

Celle-là qui était belle, avait le sigle de l’union

Les cils langoureux d’une tension

Celle de nos pouls, reliés par un tout

Pas un jour distinct, mais tous

Emulsion d’un grand flou, j’en bois la potion

Je te l’envoie comme un colis lointain

Mais quelle île, à la fin ?

Je t’y revois, le cœur battant d’excitation

Ici ou là, boitant comme une fleur cueillie par la douleur

J’y rebois de quoi nourrir cette page

Comme une réunion de plages, de sables recueillis

Un fouillis de souvenirs, de sables du temps

En un jour à sabrer l’oubli et le champagne

A savourer l’aube et le blé

Désavouer le blizzard des colères

Car au beau milieu de cette île, il n’y eut que le chaud

Baume illisible et bizarre, que les mots

La chaleur de cette île, en veux-tu, la voilà

La voile alléchée, la barre au Sud

Heureuses toutes deux, en volutes d’apparat

La voilà l’île ! Mais quelle île enfin ?

Une île en forme de toi

Où est-ce enfin ?

Enfermée en rien, dans mon océan de pensées

Ouessant ou Sein ? Groix ou l’Indien ?

Où croît ton futur, où croisent nos souvenirs

Au sein de nos pensées, qu’elle était belle cette île

Scindée en deux, deux parts d’éphémère

Un début, deux fins, un rébus de formes insolubles

A chacun son hublot, son hémisphère

Au sein de ces pensées, d’un océan entier

Mais quelle île enfin, au beau milieu ?

Une île en forme de toi, de nous flambeau

Dans une aube à mille lieux, bientôt

 

5 juillet 2022

Jean-Marie Loison-Mochon

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