Il a quinze ans

Un matin tu te réveilles

Tout est normal, quelques minutes de vague

Tintamarre de pensées, boréal hirsute

Le Nord mal ajusté

Tu t’attends, dépensant l’aurore dans la tension d’émotions

Dépassant 15 ans, ton rituel est fluvial

Tu découles du rêve et passes en douce à la mare des jours

Tintamarre des sentiers, que ton habituel façonne

Des coulées d’eau, de sève et de passé, à la main des jours

Oui mais voilà, descendu tu y es, or rien n’est plus

Les foulées d’hier, à la mare des jours, ont disparu

Mai voile à peine cette chambre

A la main de quel sort es-tu pris ?

Cette chambre se dévoile à peine mais…

Tu dévales des yeux, ces murs

Tu déboules, ton habituel frissonne

Qui es-tu, quelle est cette mare inconnue ?

Le réveil sonne, il y est six heures

Inquiétude interrompue, ou accrue

Le réveil sonne, il y est…

Vingt-deux ! Qu’en dis-tu ?

Dépassant 15 ans et bien plus, lointain hier

Les passantes du cadran disent cinq, oui

Avec cette gourmandise d’être un mois

L’agrandissement du temps te fait frissonner

Cinq n’est plus année : t’es-tu désynchronisé ?

La mare n’est plus, tentes-tu faiblement un geste ?

De lumière la chambre s’est irisée

Aux murs des pluies d’images

Embrigadé ton visage y est d’Est en Ouest

Un brin plus mûr et dans des paysages inédits

Il est dit 5 et 22 au cadran

Un mur plus plein encore, que tu te prends

Ton corps est édifice d’homme

Au miroir tu plais là-bas, qui se prend à te regarder

Hagard des boucles qui t’ont poussé !

Cette histoire n’a rien de circulaire

La nuit t’a gardé plus que prévu ?

Cette hystérie du temps quelle est-elle ?

Qu’elle est belle cette fille au mur !

Qui est-elle ? C’est l’inconnue du temps.

Tes doigts s’appellent et défilent

Ils te sapent le moral et s’enquillent

Dépassant 15 ans, la mare a le fluvial dissonant

Pas tant grisonnant mais quand même !

L’impatient sommeil t’a mis la barre bien haut

Dépassant 15 ans tu te rêvais au barreau

Quelle est cette robe à mi-chemin du miroir ?

Désapée la nuit ne peut plus plaider le rêve

Qu’elle est belle cette fille qui miroite !

Développé de ses yeux, éveillés pour te regarder

La marée de ces bleus, brille et t’embrasse

A sa main la montre darde aussi

Amarrée au lit elle rit, les aiguilles l’ont piquée

Elle pique d’un baiser dans ton cou et dit…

¡Tengo que irme!

Oui mais tu n’as rien compris

Ni du baiser ni des mots

Elle se fait aérienne et s’en va, s’envole

Dépassant 15 ans ce nid de mai t’est…

Tu t’étourdis sans rien en dire encore

Son corps se rhabille et la robe frétille

Faut-il dire que tu n’as jamais fait le tour d’une femme ?

Flottille de seins, de fesses, de flammes féminines

Tu flânes ici comme à jamais étourdi

Tout est dissonant, de cette nuit à ce nu

Ce nu qui n’est déjà plus, qu’une robe qui te dit :

¡Me encanta, el mar de tus ojos!

Robe qui te dispense un baiser, en comptant sur tes lèvres hébétées

Le vague a plu faut croire, la mer à tes yeux

Adieu ! Adios ! A ce soir : volatilisée

Vol hâtif de 17 années

A ce sort qui t’a dirigé ici, que dire ?

Disette inouïe de sens 

Tu n’y entends rien, digéré par le courant

La mare s’entend au loin, itinérante en toi

Et tu te rends à l’évidence, plutôt qu’à la panique

Que par la mare le fluvial a passé

Te faisant un futur ¡El mar! quasi océanique

Par la main ce jour te régale d’un autre présent

Qui es-tu enfant ?

 

1er juin 2022

Jean-Marie Loison-Mochon

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