A une passagère
Pas de houle alors fièrement
A l’arrière la petite foule s’amasse
Au plein air du pont, à l’heure du matin
Elles valent cher les places
Foule de mâts importuns : humains
Les chairs frétillent de vent, les vues d’horizon
Masse importune devant elle
Les chaises prises, la fortune me prend
Ni elle ni moi ne vendons nos rampes
En rade à bord, mais pas d’une vision
La date file un trois, un certain mois de juillet
Abordage si l’on veut, silencieux
Philanthrope alors j’effile ce corps, des yeux
Accostage pour ses yeux, à lorgner par ses jumelles
Je n’en fais pas trop, pour ne pas rayer l’instant
Un corps d’âge du mien, au visage quelques rayures
Un nez fait par une rondeur bien habillée
Un cordage de noirceur pour cheveux
Et des yeux forts et fuyants : vulnérables
La vue n’est rapidement plus qu’un lointain
Mon désir d’un regard, il n’est pas bien bruyant
Elle, ne regarde pas les îles mais la côte
L’appareil au cou, en plus des jumelles
Tant d’amarrages dans la ville de ses vêtements
Difficile d’appareiller sans doute
Sans douter de saisir l’instant
Des îles fières, désir filant : saisir l’instant ?
Se dérouter, se dessaisir du contrôle
Comme une tour, elle fuit lentement des jumelles
Son regard s’allonge au loin, se divertir ?
Le mien l’entoure et longe un pantalon, il s’effile
Je m’attarde soudain, sans jouer à dévêtir
De sa peau sourd un peu d’encre, dessous les fils
Hagard mais pas émotif, enjoué d’un 3 de juillet
Le motif est au moins une claque, à défaut de mots pour une vraie
Des rameaux gardés à la cheville, un 3 de juillet
Aux mains du calcul de je ne sais qui ? Je ne sais pas
Mais des rameaux chez moi sont chevillés
Au coude d’une première, hameau d’un bras
Imprimés à la main d’un second loin là-bas
Mon grand et flou débarras d’images, de juillet
Or la voilà qui lâche la barre… elle…
S’adosse et débarrasse ainsi son grand corps d’une fatigue
De l’emphatique écho des jumelles
Puis assise, car l’horizon a puisé
En face puis en phase, tout à côté
L’instant incise. Insiste ?
En face à nouveau, comme pilotés
L’instant se précise, comme par insistance
Mais je n’aime être ni forcé ni balloté
L’écho des jumelles à nouveau, par contenance
Elle accoste en face encore, les yeux baissés
Les courts instants vont pour passer
La côte approche, le corps d’une île s’empresse
En passé bientôt tout ça, le Stiff et Ouessant
En passe d’accoster, je touche à l’escrime
Pour passer, pour semer… des rameaux
Je rame d’au moins deux pas : pourparlers
Diplomate un peu, je sème un grain pour l’île
Je déploie trois mots, sa voix se déplie d’un doux grave
Dans un sourire je me replie, semant
Les rameaux du trois, se déplieront-ils ?
Se plaira-t-elle, cette île, à se montrer hôtesse ?
D’au moins une fois de plus, à l’ombre des phares ?
On tresse la piraterie d’un plan bateau et puis…
L’île en aura le dernier mot.
Jean-Marie Loison-Mochon
Crépuscule d’un cycle