La douce machinerie
Marche ! qu’elle me lance
Pour saisir une image, d’avancée dans les choux
Pour saisir l’image il faudrait dire de la vie récente
Et pas question de se raidir ainsi dans un jour radieux
Alors je suis dans les choux, l’ordre donné
Sur cette petite île à un rien du continent
Qu’on dimensionne en lueurs, ciel bleu et vert février
Du classique, de l’insulaire, ce qu’un sol fait briller
Du phare éteint au bourg : à rebours de nos pas
Rébus d’allées, dans le vent salin
Qui sur la côte Nord de Batz, a l’insolence
De décoiffer les vagues qui déferlent, de rafales entêtées
Etêtant les rouleaux comme d’autres les choux à terre
Et dans la texture de nos pas, quatre pattes empruntent le même fil
Un genre de loup noir qui détonne dans les clartés
Sorti d’un corps de ferme, pas dérangé ni dérangeant
Cette chienne, car elle est louve
Engage la conversation de nos mouvements
A suivre trois passants, venant fureter au sommet des dunes
Présence au pelage obscur, que la lune irradierait argent
De reflets, comme à ces yeux qui cherchent une sorte de tendresse
L’île passe et sa compagnie avec
A mes compas c’est la deuxième fois ce jour
Qu’un chien noir s’initie une poursuite
Celle de ce matin, peut-être hostile ?
Un rien doit retenir mon attention
Or des chiens noirs, à part au côté d’Orion…
Je ne connais pas d’histoire ou signification
Si ruse il y a, ces Sirius me la délivreront par temps espacés
Même si l’autre ce matin m’aboya, me suivant
De ces mêmes yeux teintés de rouge, mais pas innervés
N’y voir rien d’alarmant ?
A la remontée du temps, quand celui-ci aura passé
Peut-être saurai-je cette aura qu’ils me sous-entendaient
Dans cette journée soleil qui de prime abord ne subodora rien qu’elle-même
Bien que le calme et ses théorèmes me soient à apprivoiser
Comme les présences d’une absence, fantôme qui jouerait à pavoiser ?
De signes épars sur cette île ou ailleurs
Pour faire dégoiser à l’encre ce que le gosier de ces chiens n’a pas révélé
Or aujourd’hui je ne m’échinerai pas
A faire autre chose que noter, recenser, apprécier : sentir
La douce machinerie des joies partagées, en attendant de savoir celle
Que me tendent les bras de l’inconscient
Pour une prescience à retardement
Que l’on dira présent, d’une instantanéité irradiante
Jean-Marie Loison-Mochon