Jour Un – Le désir dans le tapis
Montants. Et me démontant la vue,
Ses courbes arrêtent mon temps, figé.
Fichées là, à l’arrêt, quel abus !
Mais les suivre, j’y suis obligé !
Et ces désobligeantes le savent.
Joyeuses obliques, négligées.
Joyeuse oblitération des yeux,
Soyeuse délectation, forcée
Par le derme nu, charnu, goûteux,
De jambes dressées devant mon nez.
A tort ? Aux escaliers du métro,
Tard, je ne prolonge pas l’escale.
Elles longent une autre bouche, au trot.
Au loin, mes pensées croquent leur hâle.
Mon temps, celui d’un de mes regards, s’est pris les pieds dans le tapis roulant : happé par ces deux jambes immobiles.
Mouton suivant sa bergère le temps d’une remontée vers d’autres pâturages.
Là-haut, je serai à nouveau libre de gambader dans ma Perspective-Est, mais sur ce sentier-là, pas d’échappatoire : mon regard ne peut que la suivre.
Je ne saurais même pas dire quel visage elle a ! De dos, longtemps ; je l’ai tout de même aperçu, son profil. Mais il n’en restera rien dans ma mémoire. Je ne vais tourner en boucle que sur ce haut, aussi fin que blanc, et ce short aussi court que provocant. Même si, au bout de l’escalator, je ne peux que constater que mon désir, ressorti de je ne sais quel sous-terrain, est encore en charpie.
Si loin de moi, ce désir d’Elles, qui fait les décisions. Fêlé mon disque, refusant le vol vers les états fous du frivole. A terre, je n’ai conservé que l’esthétique, goût toutefois délectable, qui me fait détecter le beau d’une peau sous un short court, sans me faire courir sous table.
Désirable, souhaitable, je sais encore un peu ce que cela veut dire, mais ce que j’ai oublié, c’est « où », « quand », « comment ». Un peu à l’image de ma Perspective-Est : un voyage dans lequel je me laisse porter par les impressions, sans savoir où elles vont.
Jean-Marie Loison-Mochon
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