Vulnérabilistan - Illu - Jean-Marie Loison-Mochon

Jour Un – Insouciance

A Deàk Ference, élan de tendresse.

Deux vingtaines cumulées s’enlacent,

Sans se lasser de leur belle ivresse.

 

Corps effilés, dans un face à face,

Ils plongent dans leur songe envoûtant

Sans songer au retour en surface.

 

Printanière allure d’été,

Binôme en un concert d’éclosion,

Baume aux cœurs les plus déconcertés,

Que sont ces baisers à profusion.

 

Sur la pointe de ses ballerines,

Elle projette son corps et s’élance ;

Son Excellence poursuit, taquine,

Sans bruit, le mouvement de leur danse.

 

Dans les rues de Budapest, où l’essaim-masse éteint le goût d’être seul. On ne s’y sent même pas « un », alors à quoi bon être deux ?

Ou, comment même être deux ! C’est cette leçon que me donne la tendresse bridée que je vois dans tant de ces couples qui se tiennent la main.

Tout est confusion : être seul veut dire n’être pas assez, être ensemble veut dire… Je ne sais plus. Être seul s’entendrait comme d’une souffrance, être à deux s’entendrait comme d’une libération. L’oppression de la solitude, dont délivrerait le couple.

Un couple, c’est deux éléments, pourtant. Moi, je ne vois que demies, ou des quarts, qui s’assemblent ; alors je préfère me saouler au bar, ou monter la garde auprès de mon cœur, bien à l’écart.

Confusion généralisée, quant à interpréter ce qui est régression, ou progression.

Pour moi, l’évolution n’est pas celle qui se décline partout dans les rues de Budapest : mono-binômes de tendresses bridées. Déclin.

Ces deux corps insouciants sauvent la mise. J’accepterais presque d’y croire.

 

Jean-Marie Loison-Mochon

Vulnérabilistan

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