JM à MJ
Quitte à creuser un puits
Ne puis-je oser… te parler ?
Toi qui nous quittas bien avant que je ne sois
Depuis je cherche à poser un visage
Peut-être est-ce un peu perché, peu sage
Peut-être est-ce impur ou pas l’usage
Mais je veux dépêcher mes pensées vers toi
Un jour je retroussais un pull, geste d’usage
Et ta fille me dépêcha sa pensée, sur toi
Tu relevais la manche aussi mécaniquement
Je pourrais éplucher ce mouvement
Y plancher jusqu’à plus soif
Mais je ne sais ce qui couvait en moi
Quand je me découvrais sans savoir encore
Alors sous couvert d’un sens absent à ce geste
Je me crois, à dire vrai, sous l’essence de tes pores
Je veux croire que sans se connaître, tu me restes
Et ce n’est pas la seule occurrence dont tu m’honores
Oui ces mots sont hors norme et sans concurrence
Mais tu concours à ces lignes comme en moi
Composée comme moi, plus significative qu’une circonstance
Ton nom loin de ceux qui y ont posé : dérivative
D’une rive à l’autre du tiret
Non pas du Tibre mais du sang, tirant du lien
S’étire du liant, de féminin à masculin
Mon matricule étant le simple inverse du tien
J’en suis au versant vie, toi au versant rêve
Peut-être n’est-ce qu’un prénom, une page renversée
Mais peu d’êtres ont ce paysage, tien ou mien, envers ou face
Alors sans verser dans le pathos ou le présage
Je place ici ces pensées comme des pas sur un pré, une plage
Et je révère sans prier, là tout ce qui s’agite au loin
D’au moins cinquante ans, dont vingt me sont en tout inconnus
Sans empiler de clichés, je cherche à poser un visage
Je pourrais éplucher tes visages, qui me sont presque inconnus
Mais pour une fresque plus en chairs et puissante
Ne pourrais-je pas puiser en mots chez ceux que tu chéris tantôt ?
Chez ceux qui te connurent, toi qui m’es inconnue
Comme une image encore à naître, un « mais encore ? » si nu
Sinuant comme un rêve ou souvenir, qui peut sans corps paraître
Jean-Marie Loison-Mochon
Crépuscule d’un cycle