Istmo - Crépuscule d'un cycle - Jean-Marie Loison-Mochon

Istmo

Le sang danse à son rythme, la lune. Au carreau c’est un peu de condensation, qu’elle traverse. A son rythme je bous de sommeil ou de rêve, je ruisselle de rayons argent.

Des mots m’environnent de trop, redondants et ce quand la nuit, elle, n’est que répétitive. A la nouvelle lune, ce crépuscule a-t-il pris par une coursive ? Court et si vibrant, tout veille en moi à la saisir des yeux : chorégraphie signifiant… ?

Je m’immisce en chat noir sous cette nuit de Brest. En suis-je aux prémices ici ? Le crépuscule s’échappe, puisque tout bascule un jour ou l’autre, se gâte, nous happe. Como un gato negro, j’erre au long au large, d’émotions contraires. Ne pas croire qu’un cycle se forme sans émulsion. Ils sont cycliques aussi, les tourbillons. Alors en chat noir je roule et m’enroule, me tourne et me retourne, bien avant l’aube. Là au bord du grand œil comme à la recherche de mon ombre.

Au carreau la lune argente des gouttelettes, on dirait le surajout d’un sourire. Moi qui me pensais chat noir dans la nuit, invisible à toute âme ou toute ombre. Non. Toujours la lune nous habille d’un regard. Elle nous met à nu dans une métaphysique d’encre : noire de chevelure et chevauchant ses rayons argent. Et cherchant le sommeil ou l’accord intérieur, je n’héberge dans ce corps qu’un trouble sans berger, des brouillons de pensées tourbillonnant avec le froid de sensations. Mais de froides sensations, s’émulsionnent les dessins de… doigts ? La condensation fait des lignes. On dit la lune maîtresse des marées, signe-t-elle aussi dans d’insignifiantes gouttelettes ?

Moi qui parle un langage de crépuscule, ses gouttes d’eau qui descendent, ces traits qu’elle trace et fait descendre… je ne sais ni les lire ni les comprendre. Je m’enroule encore, dans des tourbillons noirs et argent. Je me souviens savoir… qu’il faut accepter ne pas savoir, ne pas comprendre. Se contenter de percevoir si l’on peut, si l’ombre veut. Sin contestar, à ces lettres d’eau, là au carreau, de là-haut adressées.

En chat noir je pourrais me dresser hurler à la lune, mais je ne suis pas loup : je miaulerais. Je suis presqu’homme, je suis mes pas comme en une presqu’île où tout s’illumine de pluie. Je m’enroule dans cette piaule, au creux du noir et de l’argent. Je suis à l’isthme entre crépuscule et nuit, chrysalide d’énergie tourbillonnantes. Et j’oublie tout en tentant de me souvenir, car c’est ainsi qu’un cycle peut s’établir.

 

Jean-Marie Loison-Mochon

Crépuscule d’un cycle

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