Impacts d’un arc franchi

Ce papier passe au crible des sillons

Des voix de pensées, de l’encre pour elles dévoyée

Il écoute et s’incruste, assimile

Je m’entends, ou me réentendrais

Dans ce carnet-ci, la chair du temps d’alors

En cette époque de tant de conflits et perturbations

De petits pas de main en grands coups de frustration rageuse

D’impacts, ce papier aussi s’est vu cribler

Je ne dis pas le mal qu’il a eu, je n’en sais rien

Mais dans cette ablution de coups et venins

Cousus de mon sang et ton âme

Je pense qu’à toi, moi, il s’est lié

Je l’avais laissé voilà quelques mois, lignes à finir ou compléter

Bien que cela revienne toujours à vouloir compléter l’infini

Et je nous avais laissés voilà quelques mois

Sans poésie, sans romance, sans remuer ce couteau-là dans ces pages-ci

Puis toi de même : sans nouvelle ni récit de tes jours depuis

Or ce carnet dormait mollement dans une armoire, une boîte

De la même mollesse que les volcans, vois-tu ?

Et toi tu ne sauras que trop puisque je te suppose…

De sa boîte je l’ai sorti, repris, hier

Je relisais des brûlures terrestres ou de tes coups de déesse

De nos jours d’un autre monde mais du reste aussi

Puisque j’ai joué à le reparcourir, à nourrir l’idée que j’allais lui donner l’encre

Jusqu’à ce qu’il n’en ait plus faim, et non pour l’abandonner mais…

Or, des tremblements de ma main hier, au long des cribles passés

Et des sillons nouveaux espaçant un fond de sens et vérité

Je me suis posé la question ou fait remarquer

Que cette impulsion pourrait faire ce dont nous parlions parfois

Comme d’un arc étrange et invisible, tirer une flèche en l’air

Et dans l’air t’appeler, sans autre mot ou geste de ma part

Puis j’ai tapoté ces derniers mots, d’un volcan pas éteint

Puis dans l’état du jeûne, aspiré aussi par ce carnet

Dans l’étage la journée a passé mollement

Dans la léthargie des forces déjà ponctionnées

Ayant déjà fait irruption en moi-même

La journée a passé, une heure aussi à causer

Avec une femme de ton continent, de peinture aussi

Comme à mon habitude j’ai prêté attention aux signes

Dans l’esquisse sous couleurs qu’elle m’a offerte

A la façade près d’une porte, une année, mais aussi

Un mot dans un langage ancien : on s’en trouve les sons que l’on veut, je sais

Ce mot se disait monstre et plus tard, elle s’est mise

A plaisanter et rire d’une amie qu’elle qualifierait de sorcière

Ce n’était pas toi et je n’étais pas soudain pris de peur

D’être hanté, mais chaman auras-tu senti ?

Les quelques heures sur ce carnet, ou cet étrange portail ?

D’un arc franchi, dont je suis reparti pensant toujours à toi

Jusqu’à ce pont que j’aime fréquenter, voir la fin

Non de ce carnet, non de moi mais du jour

Et juste à cet instant, et sans que je puisse croire

Ce qu’il en était, dans ce crépuscule

Sans que je m’en sens pisté mais juste à cet instant

Voilà qu’après des mois, tu m’as appelé

Jean-Marie Loison-Mochon

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