Histoire présente
Sous la chapelle de ces pages
The church of man, love, tu sais ?
Cela s’appelle agitation puis plus loin, sagesse
Bâtir, pâtir, partir, ça reste
Cela sape la légion de présences par une seule
L’absence
Depuis laquelle, dans les nervures de nos terres
Dans les cambrures de ma main
Les circonvolutions brûlantes de nos pensées
Je vois serpenter nos inconscients, feux souterrains
Il me faut les fréquenter, non pour panser mais embrasser
Je leur soutire un peu de sens puis ils s’en vont
Feux follets en surface, décomposition de ce qui fût ?
Ou émanation de ce qui fume encore
D’une éruption et ses redites
En amour, seule la poésie est érudite
Ce que nous fûmes ou non, de joies infimes et leurs ombres gigantesques
On a moulu le grain du temps, l’éphémère comme l’éternel
Pour se presser de s’en faire souffrir
Géante esquisse de ce que tu m’es : géante exquise
Par ce présent, ses aires libres et envoûtantes
Béante, est-ce qu’il se peut ? que la faille
L’amour, soit cela de quand on vous tend tout un monde
Et entretemps qu’il faille s’approcher pour mieux le voir
Ou d’une tour s’en éloigner, volcan se dressant
Et ne pas s’accrocher mais se projeter
Au loin pour mieux en témoigner et saisir
Le futur est une serrure à crocheter, don certain
Dont nous avons toujours eu toutes les clefs
Et ces îles résonnant d’éclats, de laves dormantes puis émergées…
Tout joue à s’en faire fantomatique et désolé
Sur la sphère au son des cliquetis drapés
De jours aux chaînes défaites, immergées dans le feu des nuits
Nous sommes ce qui nous démultiplie, happés par des pluies
De souvenirs seuls ? la somme de ce qui fait de nous
La même division d’une insoluble équation, des plis
Dans des enveloppes quasi liquides, magma dense et profond
Un sol ubuesque, qui se déplace, se déplie comme un ciel
Nuages ou masses navigantes, toute la gamme dansante
D’entrelacs persistants, s’en allant semer des fusions
Pour faire germer quelles fleurs ?
A tout le moins, faire faner l’érosion
Il n’y a pas de morose induit dans le foudroiement des sommets
Juste la dissonance des mauve et rosé, d’un crépuscule
Qui sommeillait en des temps anciens, attendant le sien
Pour se lover dans les airs et avant ça dans les rainures
De sous la grande feuille qu’est la terre, où se tendent des existences
Aux bras distraits, aux mains distantes
Il est un monde parallèle où tout ça s’entend
Distrayant je ne sais pas, mais de vapeurs attrayantes ça peut-être
Dans un bord de mer, à descendre et soumettre une épreuve
Celle de là-bas ou d’ici, de former sa rade ou la bordure d’un territoire
Il est des enclos effondrés, que l’histoire nomme passé
Il est des clameurs et grondements, qui fondent des cités anarchiques
De roches sculptées par les sanglots de la terre
Encoches duveteuses, du ventre tellurique et de ses sulfureuses énergies
Sans gloire ni honte, on façonne le récit d’un passé
De l’histoire présente : ni délavée ni effacée
Dont la lave émerge ici, comme d’aux lèvres de la lune
Des façades de phases espacées, comme au livre les pages
A écrire non sans en détourner les yeux, d’un vol qu’on veut jaillissement étincelant
Cépage d’un langage tout sauf vain, poésie qu’on a senti monter
Invoquant du feu, le sentiment vindicatif et fondé
Car c’en est un, explosif et vivant
En rien effondré, vibrant et rieur
Du fait que ce volcan n’est pas éteint
Jean-Marie Loison-Mochon