Il retourne de ce sablier

Est-ce que ça t’arrive à toi ?

D’inscrire l’année, ne plus savoir laquelle écrire

Le temps est une fresque où river des vies

A froid je la regarde souvent

Et parfois je ne lui retrouve pas la saveur

Celle qui saurait faire vaciller l’oubli, serpenter depuis là-bas

J’écris là-bas car au fond le passé n’est qu’un autre lieu

Que nous avons quitté, avec un peu de chance y ayant fait de notre mieux

Prise d’élan infinie jusqu’à ce qu’elle finisse, et sans cesse je recommence

De l’écrire, de prendre de l’élan

Ces pas vers l’avant font-ils s’effacer la piste empruntée ?

Mes pans d’il y a un an je les revois peu

Ils ne sont pas si loin, mes yeux pourraient les distinguer

Mais peut-être que la vie que je menais alors manquait de distinction

Que je ne m’élevais pas assez, restais au ras du sol et des peurs ?

Les envols sont chose précaire, tous les oiseaux te le diront

Et à dire vrai je ne sais plus bien ce qu’il y avait tel mois

Ou tel autre, de la brillance ou du délavé

Car à la vérité si l’on commence de moins s’aimer soi…

La mémoire fait au mieux pour masquer les empreintes, je crois

Du petit animal humain trop infidèle à sa condition

C’est-à-dire sauvage au plus libre et pour le reste, sociable

A construire à deux ou plus des châteaux de sable

De jolis promontoires à l’amour, même si tout retourne au sablier

Et dans mes mots il retourne de ce sablier

Celui qui égraine plus vite, qui sait ?

Dès lors que l’on est à s’oublier

Jean-Marie Loison-Mochon

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