Gata negra - Crépuscule d'un cycle - Jean-Marie Loison-Mochon

Gata negra

You got your H.P. Lovecraft

Your Edgar Alan Poe […]

Catty eyelashes and your Dracula cape […]

But I want you hard […]

And you’re so mysterious

You’re so dark – A.M

Cette soirée a la chevelure qui s’argente. Elle ne m’a pas parlé de Poe, et Lovecraft à peine évoqué autour de verres. Elle est si sombre, même pas, à la fois silencieuse et sonore, lumineuse d’une lune pleine.

Il y aurait matière à ! Mais cette soirée m’attire à elle, de tout un attirail de marées, de tout un tas de… désirs.

Cette soirée n’est pas une doublure qui s’agence. Mais elle a bel et bien la chevelure aux reflets argent. Les vignes pour ce fluide argent, sont-elles là-haut sur le satellite ?

La chevelure de cette soirée satellise mes regards, m’initie à une langue nouvelle. J’écris celle du silence, à l’encre et aux mille symboliques : je la signe d’allusions, je me saigne l’inconscient à profusion. Par tendresse et douceur et désir. Des heures de ce soir, j’ai la conscience active et l’électricité qui m’invective. Je n’ai jamais rien voulu savoir des conductions mais je peux écrire que l’argenté, en moi, produit cet effet. Les reflets d’argent de cette soirée, de la chevelure, ils agencent en moi des signes à travers un monde nocturne, au milieu de pays de passés, ou d’un présent effervescent : c’est l’évanescence des mots dans la puissance du geste. N’est-ce pas la naissance… des idées ?

Je me trouble et me réjouis, je me tais dans cette soirée où le temps fuit : j’écoute et regarde, et l’argent de la chevelure… darde. Gare aux dérives redondantes, aux syllabes de trop, j’en garde des échos de silence et d’anciens temps.

En aquel tiempo, al Gato negro sur Corrientes. A courir les perceptions, aguerrissant l’électricité. En esa ciudad. Et ça se dédouble sans se jumeler. Je suis un chat noir dans la nuit, je me lève et m’étire auprès d’elle. Cette soirée m’attire, comme une marée, le sel féminin en plus. Ici il faut déceler entre les silences, guetter entre les points. A moi, ma méthode préférée ce serait de regarder ses lèvres, célébrer sa bouche ou ses mains, ou dans le fond de ses yeux. C’est mince une compréhension, c’est ténu l’incompréhensible. Je suis dans une prédation des sens, je veux percevoir.

Cette soirée a une chevelure dont les reflets s’argentent. Et ces reflets régentent mon désir, en chat noir j’apparais. Mais la nuit j’appareille pour ses yeux, lointaines terres. Je cherche du sens et bondit. Je rebondis sur des mouvements, de mains, je brandis un verre de vin, je signe des symboliques et mon désir la désigne.

Cette soirée a la chevelure qui s’argente et les yeux à la couleur changeante. D’une patte maladroite j’invente un langage ou une phrase pour elle. Je me fous de friser le ridicule, j’ai le pelage au plus court. De ce tout je peux me griser, j’ai rentré les griffes et ne m’userais les dents que s’il fallait lui mordiller le cou. Car sous couvert de cette soirée, les courants s’argentent de lune. Corrientes et son Gato negro, du souvenir qui vente d’un peu de porvenir. Et pour venir à cette soirée, j’aurais signé des deux mains, et de la langue même, si la messe silencieuse l’autorisait. Et cette soirée a comme… la chevelure qui grisonnerait. Je ne sais pas le dire des mains mais je peux l’écrire du bout d’une mine noire : à ce qui s’argente ou grisonne, je pourrais dire que j’aime, la témérité de sa beauté. En chat j’ai beau tâtonner, je me grise et entre en nuit. D’entre les marées de désir, je pourrais voir refluer ces cheveux de la soirée, ils chanteraient silencieux et lancinants, de grandes mains effilées les ramenant. Ils retomberaient, en arrière elles les ramèneraient encore. Telle est la marche d’une marée.

Je me laisse apprivoiser par les lueurs, attablé sans docilité. A tabler sur des mots, approcher d’hommes, de femmes. Je ne me hérisse pas du chien de cet homme-là. Je me laisse porter par les échanges et les changements de langage, les yeux de cette soirée, qui réagencent leur couleur.

Je me mets au vert dans un peu de vin, leur verre à eux a davantage le houblon névralgique. Le pays de cette table n’est pas plat, il a ses aspérités. J’aspire ici ou là des mots, je transpire d’un rire. Je tiens mes pattes en respect, quand elles pourraient s’enrouler autour de cette soirée. Je joue à démêler des bobines de sons et perceptions, dans un brouhaha d’autres conversations. Je ne cherche pas à domicilier trop de phrases : le langage d’un chat n’est compréhensible que d’homologues. Et dans un raisonnement analogue, je ronronne en silence, d’écoutes sereines et de rires fraternels.

Mon sang s’argente d’un peu d’ivresse, ou de plusieurs. L’homme au chien tenterait de nous faire rester. Mais plus à l’Est dans la nuit il faut aller, car la lune haletante a le temps compté. Du fraternel la soirée sort et redérive, sous le regard plein et maternel. La nuit m’attire à elle, j’en coudrais d’incompréhensibles phrases et signes d’encre. Rentré, la lune me la désigne encore, cette chevelure aux reflets argent. La soirée s’étire, féline.

A casa, la nuit fait lune encore, argente et materne. On s’attarde à se caresser du regard, à s’enrouler dans des fatigues. La nuit va pour enrôler des ombres de désir. La lune est maternelle, le désir toujours incertain. Oui car même un chat noir sait, qu’un désir certain n’est qu’une ineptie. Certain, il n’est que banale inertie.

Alors je brandis mon pelage comme un fanal : noir et libre, à l’anarchie du désir. Cette soirée s’assied, s’affaisse. On bout d’un peu d’eau brûlante, pour que la marée nous satellise encore. La soirée ne dégrise pas, elle continue de s’argenter. Pose donc ta patte là, chat noir. Cette soirée a le goût de trop peu comme toutes, car elle est un attroupement d’inconnus curieux.

Même les yeux d’un chat, même noir, ne voient pas dans l’avenir comme dans la nuit. A désir il peut miauler cela dit, que le futur c’est maintenant. Et sa main tenant ma patte, et ma main sur son ventre de féline. Gata, ce n’est pas pour ton ventre que je suis ici. Mais parce qu’auprès de ton pelage qui s’argente, j’entre en nuit, dans la puissance noire. Gata negra, nous naissons de spasmes, des légions du désir, dans des atmosphères nocturnes ou crépusculaires. Noire et profonde et argentée, la chevelure de cette soirée. Tu veux ma patte sur ton ventre ? Mon corps félin entre en nuit, et serait pris de tremblements. Pardon, mais je me fous de ton ventre : si je suis ici, c’est que tu me plais terriblement. Je me fous de fouiller le futur, mes yeux félins n’ont pas de cible. Ils aiment seulement sourire de ce que ton ventre est sensible ou chatouilleux.

En chat j’aime à entrer en nuit auprès de toi, aux traits surajoutant de l’argenté à negra, surajout d’un sourire comme d’une phase de plus à la lune.

La nuit m’évente en chat noir et me fait homme, et je me fous toujours du ventre, ce n’est pas lui qui te fait femme. J’aime le flou que fait l’argent dans ta chevelure noire. Homme ou chat, mes mots se consignent en gestes. Je persiste et signe, que le futur n’est que maintenant. J’atterris brûlant, sur des pattes incertaines car c’est un fait, le désir est ainsi. Et j’éteins ces signes d’encre en caressant tes îlots argentés, qui brillent faiblement. Et de mes pattes félines j’y décris, que tu me plais terriblement.

 

Jean-Marie Loison-Mochon

Crépuscule d’un cycle

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires