Gaspiller le temps

« No desperdiciar mi tiempo »

Cette nuit, j’avais besoin de voir un phare

Bien sûr tout était silence

Et puis l’envie alors de comme partir perdre mon temps

Tout était absence et si lancinante facilité d’échos

Comme de mes pensées à ce mur que tu es

C’en est mortifère ces soirs-là, mais je suis

Alors je puise le vivace, je vais pour suivre

Poursuite de l’histoire, bien que je ne mette pas les points

Sur les lointains, sur les îles, sur mes sens

Mes instincts disent de toi : telle est la loi du vide

Telle est la lueur qui passe et repasse

Par instants, telle est la voix d’un phare après tout

Et après tout ça de toi je tourne et retourne

En rond et sur mes hauteurs, à pourtant tout savoir

De ce qui nous tuait la saveur

Et tu n’étais pas innocente en ces heures-là

Ou du moins tes masques ensauvagés

Ceux-là qui sentaient la mort, derrière lesquels tu t’absentais

De telles torpeurs te prenaient et nous foutaient la pesanteur

Dans des sommets de gravité, nous floutaient dans une stellaire vacuité

Et c’est l’heure alors de relire tes mots

Ceux-là qui sans se leurrer mais sans s’empêcher de s’aveugler

Disaient « no desperdiciar mi tiempo »

Ce n’est qu’une page que j’ai pu grapiller

Mais sur laquelle tu écris donc, sous le tempo de ta langue

Ce qui me lance à l’angle de nos absences et déchirements

Quand tu t’avançais à écrire : ne pas gaspiller mon temps

Et je ne te houspille pas, ni ne te hue

Mais j’eus aimé que tu saches te relire et t’appliquer

A corriger cette faille en toi, ou au moins

Que tu saches l’apprivoiser pour qu’elle cesse de nous aspirer

Comme un trou noir dont la gravité, pourtant, ne voulait jamais s’annuler

Comme si aléatoirement, à l’abattoir il te manquait de la chair

Et que tu voulais nous sacrifier tout au fond de cette cavité

Quand ensemble pourtant, nous étions animés voire habités

Par l’amour et la joie et la perspective unique

D’être à soi, à toi, à moi

Mais qu’au détroit de tes doutes, le fleuve ne pensait qu’à briser

Or cette nuit, dans la plus totale obscurité

Je suis venu fréquenter cet endroit

Car j’avais besoin de voir un phare : de ranimer mes acuités

Celles qui se penchent chaque jour, chaque songe, sur nos aspérités perdues

Avant de replonger de mon côté, voir si dans la pénombre je saurai

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Jean-Marie Loison-Mochon

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