Fragment 98 – Si tu avais eu l’inélégance
Départ à venir, soi-disant pour revenir
Revenir à ce lit déporté du mur ?
Au bout de nous je vois de l’avenir mais…
Pendant, se lit tout ton désir de nous porter
En nous il bout ce genre d’amour
Agenouillés nous repoussons le mur, et l’échéance
Un départ, en instance, où s’assombrit le sûr.
Nous voilà comme au premier matin après
Où sur le ventre tu as l’élégance de cette jambe pliée
Indicible errance, qui me fait m’en aller
Risible que ce serait, si je n’ouvrais pas la voie aux regrets
Tout en haut de ta cuisse gauche il y a cette tâche. A la naissance de ta fesse, qui s’étend d’un rebond jusqu’à ton dos, que les draps caressent. Tu es sur fond blanc, les murs, les draps, la lumière de cette fin d’après-midi. Tu m’es pacifique, tu m’as même pacifié. Tu joues avec tes mains, peut-être comme avec tes idées. Tes cheveux noirs tombent dessus : ils ne veulent pas lever le voile. Tu es l’élégance, et la liberté. Et la liberté a l’élégance de ne pas me demander de rester.
Perdu, j’aurais pourtant besoin que tu me dises de rester. Non pas pour me faire désirer, car je sais que nous nous désirons. Nous en avons glissé du lit, et le lit en a glissé sous nous. Je me sens comme une glycérine encore inerte, et me serine que je veux partir quelque temps. Je te désire. Tu es là devant moi, la plus belle femme qui soit dans mon monde, fatale. Et je parle de partir, comme pour tenter la fatalité. Pourquoi ne me proposes-tu pas de rester ? J’aimerais que tu aies cette inélégance. Oui mais si tu l’avais, je partirais. Je te désire. Je te désire ? Non. Je t’aime, et c’est encore autre chose. Tu es là, inoffensive : oui, tu n’es d’aucune offensive. Juste pensive mais même ça, je n’en vois presque rien. Et je vais pour m’en aller. Que fais-tu ? La sieste de ton enfant émet des cris. Il y a de ces prolongations de soi… que l’on suppose. Et moi, je m’apprête à partir.
Départ à venir, soi-disant pour revenir
Revenir à ce lit déporté du mur ?
Au bout de nous je vois de l’avenir mais…
Pendant, se lit tout ton désir de nous porter
En nous il bout ce genre d’amour
Agenouillés nous repoussons le mur, et l’échéance
Un départ, en instance, où s’assombrit le sûr.
Nous voilà comme au premier matin après
Où sur le ventre tu as l’élégance de cette jambe pliée
Indicible errance, qui me fait m’en aller
Risible que ce serait, si je n’ouvrais pas la voie aux regrets