Fragment 96 – Chante à la vie, soldat
Debout contre moi tu fais ton appel en corps
Rencontre entre toi et toi, ton appétit luisant
Au début je fus l’effet
Puis je m’enfuis sans bruit dans les foules noires
En débris ton plaisir effrite ta pudeur et ses méfaits
Aux bruissements je te sus saoule d’un désir reluisant
Un feu de buis offre au rite éphémère, ton corps
Nord puissamment perdu, vais-je l’écrire ?
Or je te suis semant une main légère
Invisible trésor, Norvège déjà souvenir
Rapport à nos cuisses d’amants, frissonnantes encore
Petit bois pas loin de tes prés. A petits pas nous cheminons, allant pour vaquer, plus que pour aller. Nous sommes partis, je t’entends me dire que tu repars. Report à notre future ville, alors nous battons la campagne encore, dans ce petit bois pas loin de tes prés. Il se façonne en toi un manque, je le perçois sans le sentir : c’est-à-dire que je ne veux pas jouer à m’attrister. Par avance on souffre, alors je pare au vent de cette humeur, cette fois, et en souffrirai d’une bonne, plus tard peut-être. Petit bois pas loin de tes prés, septembre y chasse presque le mois d’août. J’évacue les sons fantômes. Mon matricule a ton prénom, tes après gesticulent dans la discussion. On passe dans les pierres sèches, dans les mousses ou senteurs assommées par la chaleur. Tu m’es passante et j’ai le droit de te tenir par la main. Par là me dis-tu, un soldat est mort il y a longtemps. On tendrait à tomber dans le morbide, alors un lièvre passe tout près. Du fugace, du futile, tout ce qu’il faut dans ce petit bois pas loin de tes prés. Le lièvre parti nous rions. Et comme un rayon je chasse tes lèvres. Comme Orion je les prends, les prélève. J’arpente ton cou, d’une main non belliqueuse. Le rappel au cri doit être tout près, pas loin de tes prés. Le petit bois de ta bouche appelle au crime alors que je n’avais rien dit, moi. Je me rends, disons-le, facilement à ton envie de ces bois. Cet arbre debout saura fermer les yeux sur deux bouts d’humains dont les natures s’appellent. On dit que les arbres conservent la mémoire des âmes, alors à mon corps défendant je te donne. Je déraisonne et au soldat qui dort là, je pense un instant. Et s’il se réveillait de ses foules noires ? Peut-être nous veille-t-il, après avoir puissamment perdu autrefois. Au petit bois pas loin de tes prés, je m’exécute à la demande. Je répercute en nous les coups du sort, les coups de sang, le cri d’un mois d’août. Le mois d’août mais l’on s’en fout, enfouissons-nous sous ces regards. Le petit soldat nous boit, je le sens tout près. Des prés comme toi feraient céder bien des honneurs, renoncer à bien des croix.
Debout contre moi tu fais ton appel en corps
Rencontre entre toi et toi, ton appétit luisant
Au début je fus l’effet
Puis je m’enfuis sans bruit dans les foules noires
En débris ton plaisir effrite ta pudeur et ses méfaits
Aux bruissements je te sus saoule d’un désir reluisant
Un feu de buis offre au rite éphémère, ton corps
Nord puissamment perdu, vais-je l’écrire ?
Or je te suis semant une main légère
Invisible trésor, Norvège déjà souvenir
Rapport à nos cuisses d’amants, frissonnantes encore