A l'anarchie du désir

Fragment 94 – Renversement du monde

De l’enfance au garçon, il n’y a qu’un pas

Riant, l’on s’enfonce dans la gravité d’un plaisir

A foncer, comme tout va vite éclore ! En un repas de noir

Puis du garçon à l’homme, un millier de passages et cavités

En homme on s’invite à l’art de s’éviter, histrion de soi

A froncer les sommeils et crayonner les cartes

Un homme habite ces contrées, un ogre voudra y rayonner

 

Nous nous révélons, et je passe ce tissu d’inconnu

Où l’ingénu lève l’ombre, on bruit d’un élastique infini

Infini auquel nous nous éveillons : cet éternel autre nu

Réveillons l’ambre et la chambre noire, étincelant charnel juste ici

 

Est-il insolent de l’écrire ? Alors je ne l’écris pas trop, ravalant mes mots. Un soleil entier de noir vient de naître et en rien, en rien ! Hier ne m’avait donné la possibilité d’en connaître. Je suis une naissance. Auprès de toi je me perds dans des résonnances de corps, des chantiers à bâtir, des innocences à détruire, mais en ravageant avant : les morales. Avalant le noir comme un chat rendu aveugle : je te dévale et perd mon Nord. Ta forme s’ancre dans ma main, ma page pourra la redire à tout moment, s’en raidir d’un « à jamais » sans pour autant s’enlaidir de rien. Tu m’es une nouvelle nudité, cumulus que je n’aurais jamais songé approcher. L’ambiguïté fait au flou un royaume, or la jeunesse est frontale : ton front tapisse ma joue, et mon cou, et mon torse. L’innocence ça ne meurt pas comme on le dit, ça mue, ça danse encore ailleurs : ailleurs où l’on doit renoncer à la conscience de soi, s’abandonner à l’instinct. Je me saborde et l’on est dans le noir encore, ce tissu d’inconnu. Ce tissu d’inconnu je le parcours, je dirais lui avoir vu des carreaux bleus et blancs avant l’extinction des lueurs. Chambre noire de nu, je passe et perçois la douceur. Je veux être réciprocité, mais ne suis bien sûr qu’une maladresse. Au drap saignant de nos premières passes d’armes, tu m’es un violent spasme d’inattendu. Avant toi le nu m’était une pudeur enfantine. Et désormais une ferveur mutine. Tu renverses mon monde aujourd’hui, de quelques étreintes fertiles en éphémères, fécondes en éternel. Façon de te dire alors que je n’ai pas de mot, car le silence n’est qu’un mort qui ressuscite. Je suis une naissance et tu en es le silex. Comme une pierre de lune, je mémorise l’étoile, la toile de ton odeur, une mer ouverte sur l’ailleurs. Horizon de rieurs oreillers.

 

De l’enfance au garçon, il n’y a qu’un pas

Riant, l’on s’enfonce dans la gravité d’un plaisir

A foncer, comme tout va vite éclore ! En un repas de noir

Puis du garçon à l’homme, un millier de passages et cavités

En homme on s’invite à l’art de s’éviter, histrion de soi

A froncer les sommeils et crayonner les cartes

Un homme habite ces contrées, un ogre voudra y rayonner

 

Nous nous révélons, et je passe ce tissu d’inconnu

Où l’ingénu lève l’ombre, on bruit d’un élastique infini

Infini auquel nous nous éveillons : cet éternel autre nu

Réveillons l’ambre et la chambre noire, étincelant charnel juste ici

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