A l'anarchie du désir

Fragment 92 – Dans le blanc des yeux

Dérive des lueurs

Revoir tes yeux vides, pendant

Angoisser de leur amour dilué

Pendant que les feux se rident, branlants

En dents de scie j’y suis mais toi tu n’y es plus

Appelée par le vitreux vers des ailleurs blancs

Un en-dessous que mes doigts ne peuvent plus saisir

 

N’est-ce pas que jamais, jamais, je n’avais perçu ça ?

Opaque tout à côté mais au pas de moi

Impact du flou, jamais, jamais je n’avais perçu ça

Rempaquetant mon cœur pour partir loin de ces toits.

 

Au tout dernier soir, non pas de nous mais d’un décembre. Quelque part ce lit n’est pas une fête. Il ne se lit plus rien sur ta peau, dans la grise lumière du soir. Ces regards ont un parfum de cendrier : ils ont perdu le feu. Quoi de plus déroutant, que de s’apercevoir que l’autre s’est perdu ? Ta paire d’yeux me regarde au loin, pourtant au plus près, me regarde au loin, comme s’il n’y avait plus d’après. Un autre jour une autre année demain, tu sais ? Tu ne nous saignes pas pourtant, sûrement même qu’il te faudra bien du temps. Un forage ambitieux n’est-ce pas, que celui de se mettre en quête de courage ! Alors au bord de l’Isère tu bulles plutôt des yeux. Toutes tes forteresses pourraient se rendre, tes yeux n’en ressentiraient que de la paresse. Je n’ai pas de ressentiment, toi contre moi, toi le long de moi. De longs mois que regarde ce miroir. Nous n’étions qu’un reflet, je n’en suis qu’un, peu fier : la transparence t’a reprise. Je me déploie mais en moi tout décroit, je ne sais plus t’iriser. C’est que dessous tes cils, depuis longtemps tes pensées t’ont subtilisée. Quoi de plus déroutant ? L’école de tes morales t’a rappelée. Tu rappes les lueurs que nous avions, car la distance t’a déroutée, car la différence ne sait plus t’envoûter. A l’école des papiers on t’apprend que les routes sont tracées. Ecolier je ne suis plus, au collier j’ai renoncé. Aux collines de ton dos je nous poursuis. Je n’ai jamais eu peur des pentes, je t’y ai même emmenée glisser. En d’autres temps tu aimais nos nuées, nos suées heureuses. Je traverse le canal sans noce, comme au Styx, du charnel à l’os. Dans tes yeux j’ai vu le vide mais je ne me laisse pas prendre au vertige. Telle est l’énergie de l’espoir, sur des talus sans gloire. Sanglots nulle part, semblants pourtant. Ce blanc de tes yeux m’a dérouté, je veux te ramener en y sinuant. Quoi de plus déroutant ? Que l’espoir qui patauge, comme un soldat dans ces bois, qui dans son sang se noie. Mon sens de la fête aurait besoin de noir. Je nous poursuis, je cours après ton corps. Je nous poursuis, quoi de plus dégoûtant ? Que de poursuivre en se sachant fini. Je te poursuis dans le blanc des yeux, comme à la page, l’encre qui veut cheminer. Mais nous ne sommes plus foyer. Comme une fumée je me disperse, cela sûrement t’a effrayée.

 

Dérive des lueurs

Revoir tes yeux vides, pendant

Angoisser de leur amour dilué

Pendant que les feux se rident, branlants

En dents de scie j’y suis mais toi tu n’y es plus

Appelée par le vitreux vers des ailleurs blancs

Un en-dessous que mes doigts ne peuvent plus saisir

 

N’est-ce pas que jamais, jamais, je n’avais perçu ça ?

Opaque tout à côté mais au pas de moi

Impact du flou, jamais, jamais je n’avais perçu ça

Rempaquetant mon cœur pour partir loin de ces toits.

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