A l'anarchie du désir

Fragment 63 – Sur le palier

Dites-moi, pourquoi dormons-nous ?

Répit terne au peu d’épithète : le jour

A faire monter l’or nous œuvrons, comme saouls

Pays de jour payé de honte et d’heures lourdes

En pays de jour nous sevrons nos flous

A la nuit au moins la fonte affleure et nous dérivons

Un fond de nous sans besoin de pont en dessous

 

N’être qu’une île, sans avoir à compter sur un archipel

Oui dites-moi, pourquoi dormons-nous tout le jour ?

Il y a pourtant l’appel de la Nuit, où désir s’épèle

Repaire où réside le soi, forme déliée que nous oublions

 

Je te distingue dans les draps de l’Orient. Le jour se lève à peine, ou avec peine sans toi. En toi il a besoin de puiser de ses éclats. Es-tu le reflet ou la source ? L’aube a la politesse de frapper du rayon avant d’entrer à la porte de tes yeux verts. Cet instant précis d’avant l’éclosion je le guette, ces fois quand la Nuit n’est pas privée de son ciel. Un ciel de ville est oppressant, dis-tu. Moi c’est l’artificiel sans nuance de noir, ou le noir sans fragrance de toi, qui me sont détritus. Au présent je triture cette vision de toi ensommeillée, en sommelier de joies je guetterai quand cette image aura maturé. Elle vit encore durement certains jours, ces jours qui vitupèrent d’or et de confort et d’après imprévisibles contre le désir. Je te distingue drapée de l’Orient, au travers de ces surfaces je peux apercevoir les puits. Ils communiquent en nous, et nous fabriquent des jours. Nous communiquons d’influx, d’ailleurs, de flux rieurs et bons. Le poison s’insinuera pour quelques heures, ces heures que l’on appelle le jour. Quand le monde appelle au jour, je sais que tout cela rime avec ton absence. Au palier tu me laisses et fidèle compagnon, j’absorbe un peu de ton essence. Je m’enflammerai de la peur du manque, de la peur du retour. Le râpeux jour. Et au soir je dirai Nuit, je rêverai de jours moins en fuite, je riverais mes yeux sur des jours plus en fête.

 

Dites-moi, pourquoi dormons-nous ?

Répit terne au peu d’épithète : le jour

A faire monter l’or nous œuvrons, comme saouls

Pays de jour payé de honte et d’heures lourdes

En pays de jour nous sevrons nos flous

A la nuit au moins la fonte affleure et nous dérivons

Un fond de nous sans besoin de pont en dessous

 

N’être qu’une île, sans avoir à compter sur un archipel

Oui dites-moi, pourquoi dormons-nous tout le jour ?

Il y a pourtant l’appel de la Nuit, où désir s’épèle

Repaire où réside le soi, forme déliée que nous oublions

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