Fragment 54 – Au bout des pores
Drôle de rêve à en dérider un mort
Rôle du rêve d’évider ce que la pensée fuit
A délicieuse heure, curieuse nuit dont je sors
Peau brièvement trempée des sueurs enfouies
Eau fleurissant comme d’une cure sur mes pores
A délicieuse heure, des lits entêtants d’anciens minuits
Un flot troublant, d’informations ayant perdu leur Nord
Nord de dix-huit, quand l’or du vulnérable était encore
Or, elle était l’ancre levée, car tel est le sens de l’histoire
Ineffaçables nuits tendres à se lover dans une fable brève
Repaire doux et enlevé, envolé comme ce friable et noir rêve
Tel est le répétitif du rêve. Je me réveille un million de fois en nage, dans un océan de pensées. Je sais qu’aucun navire ne viendra, pas même le tien. Mais une main se tend et me voilà secouru. Une main parcourt mon dos, mes côtes, mon ventre. Un océan de pensées, de remèdes et de poisons. La main tendre s’arrête, les vagues d’eau humaine la repoussent. Peut-être cette sueur est-elle enduite de quelque chose, de quelqu’un. Un océan de pensées, m’y revoilà seul. Je ne m’y noie pas mais je lutte pour ne pas trop en avaler. De couleurs il n’est pas. C’est le noir, qui règne. Qu’ont-ils ces gens ? A vouloir dormir dans des nuits sans ciel. La fenêtre de la mort, je n’irai pas. Un océan de pensées. Ma main touche une coque, je me hisse. Me voilà de l’autre côté de la surface. M’y revoilà seul et je fais voile vers je ne sais où. L’océan de pensées reflète un peu. Je comprends le grand miroir. L’Orient va pour renaître, épousant la droite ligne au loin. L’encre y est encore noire, hier est un corps toujours palpable. Vulnérable en un océan de pensées, je fais voile vers l’embouchure. Je ne sais pas naviguer mais j’ai la sensation de savoir quand même : la volonté pour seul vent, le désir pour dérive. Je dérive de reflets en reflets. Dans les interstices de l’Orient, je me rends au port, je me range au jour. Mais avant, les reflets, ces instants pas encore replets de quelqu’un, du jour. Le reflet de l’ombre et le reflet de l’aube, dérivant dans l’or du rêve.
Drôle de rêve à en dérider un mort
Rôle du rêve d’évider ce que la pensée fuit
A délicieuse heure, curieuse nuit dont je sors
Peau brièvement trempée des sueurs enfouies
Eau fleurissant comme d’une cure sur mes pores
A délicieuse heure, des lits entêtants d’anciens minuits
Un flot troublant, d’informations ayant perdu leur Nord
Nord de dix-huit, quand l’or du vulnérable était encore
Or, elle était l’ancre levée, car tel est le sens de l’histoire
Ineffaçables nuits tendres à se lover dans une fable brève
Repaire doux et enlevé, envolé comme ce friable et noir rêve