Fragment 51 – Ce nous passager
Dégouline au long de tes lèvres, un rouge
Repas venant du verre, du soir vers l’ivresse ?
Au flux qui bouge dans ta gorge, je tremble
Peur ou trouble ou désir, lequel est-ce ?
En tout cas du tien tu effleures mon regard
Au bout d’un rien tu me deviens une liesse
Une liesse affolante d’attentes irrationnelles
Nuit, ne m’espère pas rassasié
Ondule encore en moi comme moi en elle
Il n’y aurait que d’absence que je pourrais m’exaspérer
Rirais-tu si je te disais aujourd’hui avoir des regrets ?
Cet automne est dit jaune mais nous le badigeonnons de noir. L’extrême de nos profondeurs se pare mieux ainsi, nous nous parlons de la nuit et le vin fuit du verre à tes lèvres.
En contrebas je te regarde, sur mes genoux, tu m’es ce regard sans dédain, ce sourire flou. Comme les miens tes regards se perdent souvent. Tu parles et puis dérive, comme une navigation abandonnée au sort. Puis tu ressors de toi et rebondis au milieu de nos failles. Pas sûr qu’il faille en pénétrer le détail mais nous y entrons à désir, c’est-à-dire conscients des déserts et contrées, confiants des airs que la nuit s’apprête à nous raconter. Après tout, je suis l’encre et tu vogues en moi. Je suis bogue à mille vagues et tu navigues sans crier gare. Il n’y a pas de garde à avoir, toutes peuvent s’abaisser, pleuvoir comme pour affaisser ta stature, et s’adresser des ratures de baisers. Il n’y a pas de littérature à faire « que serait le récit du bonheur ? Sinon ce qui… » : ceux qui de joies se boivent, ne se doivent rien, ne se levant qu’à la nuit pour s’enduire de cette poudre extatique. Nous papillonnerons, nos ailes déshabilleront des ailleurs, ressusciteront des ferveurs mortifères. La mort est au désir, la mère, et ses océans dormants d’éphémère. Auprès de toi, je me sens comme à part de moi, et pourtant si uni, à ce nous passager, à ma manière de ne pas m’assagir. Je sens qu’une part de moi ricoche dans cet ample chemisier blanc. Mes yeux n’y tiennent plus, mes tempes battent à ton pouls, j’écoute un cœur dans lequel le rouge circule. Viens ! Empruntons le grand crépuscule. Cette histoire est sans fin car insatisfaite. Le dérisoire des joies m’incite à mordre en minuscule, à ne pas reculer dans ton cou qui s’anime.
Dégouline au long de tes lèvres, un rouge
Repas venant du verre, du soir vers l’ivresse ?
Au flux qui bouge dans ta gorge, je tremble
Peur ou trouble ou désir, lequel est-ce ?
En tout cas du tien tu effleures mon regard
Au bout d’un rien tu me deviens une liesse
Une liesse affolante d’attentes irrationnelles
Nuit, ne m’espère pas rassasié
Ondule encore en moi comme moi en elle
Il n’y aurait que d’absence que je pourrais m’exaspérer
Rirais-tu si je te disais aujourd’hui avoir des regrets ?