Fragment 35 – Villeurbanne
Deux quartiers pour une seule Lune
Rien de doux entre eux, que le religieux esseule
Au milieu tu m’es une guide, un lien, au travers des coups
Pilier dans ce vide de sens, ces pays en un pays : rigides
En ville de nuit nous nous frayons un chemin
A la recherche d’un peu de vin, dans l’ivresse des folies
Une illicite envie de nous s’offre au pain de mes jours
Notre route erre à la nuit, pour une seule Lune et pas de quartier
Où t’ériger une statue ? Papesse esseulée dans mon pays
Il se nommait désir, et pourrait s’affubler de ton nom
Réside ici le feu blessé, la braise apeurée qui ne veut que t’embraser
J’effleure deux réalités. Dans les rues tu m’emmènes à la nuit et je comprends un peu de ce lieu, de ce qu’il a d’irrémédiablement abîmé. Comme à toi, comme à moi, le liant manque à certains passés, alors deux quartiers pour une seule Lune, alors nous passons ces pays et par nos pas, fondons le nôtre. Il est l’heure de la Nuit, de l’ivresse, non pas du vin mais d’une messe de toi : celle du désir. Sous la veille de la Lune, nous flânons main en main à la recherche d’une bouteille. A la recherche de ce que nous avons en main, le vin n’est qu’un prétexte à te célébrer. La prêtresse là-haut éclaire le noir fatal de tes cheveux, exacerbe la pâleur de ta peau par l’argent dont elle pleut. Revenus de ces rues, de ces deux quartiers pour une seule Lune, nous trinquons à l’union de nos pays, du vin qu’on mêle au sang, comme au divin de tes pores les plus blancs. L’écrire me déportera peut-être au plus bas mais tant pis : je descends. Dans ce pays aux deux quartiers pour une seule Lune, tu m’es enclave. Et en clapots de lèvres, je rêve sans fin, et même sans vin au fond, endormi au jour, éveillé à cette nuit. La Lune a l’oreille éteinte et les teintes de tes joues dérivent vers le rouge. La teinte de mes jours se rive à la couleur de tes cheveux. Il n’est plus deux rives au Rhône mais une seule : la tienne. En dérive j’étais, en dérive tu es, à mon navire de chaos. Là-haut la Lune éclaire ton corps dans ce décor à deux quartiers. Là je chavire et ton dos met une claque à mes braises avachies. Ton dos m’est anarchie et sur ta peau je pourrais lire le plus noir de mes rêveries, le pli de l’histoire la mieux sertie. Il pleut sur toi de la Lune attendrie.
Deux quartiers pour une seule Lune
Rien de doux entre eux, que le religieux esseule
Au milieu tu m’es une guide, un lien, au travers des coups
Pilier dans ce vide de sens, ces pays en un pays : rigides
En ville de nuit nous nous frayons un chemin
A la recherche d’un peu de vin, dans l’ivresse des folies
Une illicite envie de nous s’offre au pain de mes jours
Notre route erre à la nuit, pour une seule Lune et pas de quartier
Où t’ériger une statue ? Papesse esseulée dans mon pays
Il se nommait désir, et pourrait s’affubler de ton nom
Réside ici le feu blessé, la braise apeurée qui ne veut que t’embraser