Fragment 33 – Le reflet de l’ombre
Dégoulinent des sueurs de Lune
Ravine de mes reins, qui ondulent en nous
A la pendule il n’est plus d’heure aucune
Peut-être le temps s’est-il aviné : en tout cas arrêté
Elle s’enduit de bleu, cette fin d’une nuit d’Orient
A la fenêtre le froid fend la ville et caresse le carreau
Une caresse condensée, accompagnant la cadence de nos cœurs
Nous sommes des reflets, atteignant l’ombre ou l’aube
Ombre orageuse d’encre, aube ennuagée de cris
Intrusion d’oiseaux de mer, ou inclusion dans le paysage de tes yeux
Reflets d’aube dans le vert-nuit, à l’ombre du désir enfoui.
Vraiment, il n’est plus d’heure aucune. Quand j’entre dans le lit, la pièce est une aire noire. Et cela convient à l’écho de mes pensées, à l’éclosion de mon encre, à l’ombre du désir que j’enfouis dans les pages. Puis quand j’entre dans ta peau, l’ombre veut sa silhouette et se lève, car elle a au bout des lèvres le reflet de l’aube. Au beau milieu du miroir non plus, il n’est plus d’heure. La pendule clignote d’un affichage vert, un nuage de couleurs artificielles qu’aucun ciel n’a apposé là. Au beau milieu du miroir tes cils se lèvent et me distinguent. Je crève ta bulle de songe à mesure que je m’allonge en nous. En ouvrant les yeux tu replonges dans une césure de temps. De tendres mesures sont couvertes par le cri des oiseaux de mer. Il n’est plus d’heure aucune, et la chambre bleuit de notre naissance. Les mouettes ont la pudeur de se tenir à distance de nos sens troublés. A la frontière du jour et de la Nuit, de l’ombre et de l’aube, d’un homme et d’une femme, le trouble est une clef. Elle permet d’entrer quelque part, quelque part au-delà de l’imperméabilité des morales, des habiletés sociales, des bêtises dont on veut nous empoisonner. Or toi, dans l’argent bleui de cette pièce, tu nous fais jouer à pile ou face, retournant sans cesse les lignes de l’horizon. Tu es maîtresse des poisons, et les poids sont une chimère, un mot évidé, dans la plénitude de tes bras. Tu es le reflet de l’aube, je suis le reflet de l’ombre, et la chambre en bleuit, se métamorphosant pour nous faire au gris des nuances de rêverie.
Dégoulinent des sueurs de Lune
Ravine de mes reins, qui ondulent en nous
A la pendule il n’est plus d’heure aucune
Peut-être le temps s’est-il aviné : en tout cas arrêté
Elle s’enduit de bleu, cette fin d’une nuit d’Orient
A la fenêtre le froid fend la ville et caresse le carreau
Une caresse condensée, accompagnant la cadence de nos cœurs
Nous sommes des reflets, atteignant l’ombre ou l’aube
Ombre orageuse d’encre, aube ennuagée de cris
Intrusion d’oiseaux de mer, ou inclusion dans le paysage de tes yeux
Reflets d’aube dans le vert-nuit, à l’ombre du désir enfoui.