Filer
« Aprender a dejar ir »
« Apprendre à laisser filer »
C’en serait comme tout un foutu exercice
Passé le fiel d’alors, dans notre labyrinthique
J’y suis encore, en ce lieu d’où tu émettrais toujours
A l’orée de mes regards, le fil est manifeste
L’Ouest me magnifie mais je garde ce filin tendu
Non pour que je revienne, mais à l’estuaire de nos flux
Que toi, féline, tu puisses t’agencer un chemin
Si le courage t’en prend et que tu renverses ces limbes
Ces lambeaux de toi que j’ai façonnés, en bombardant cette vie
Pillage irréfléchi, instinctif : absolument nécessaire
Non de te blesser ou te livrer à l’incendiaire de ce qui déchire
Mais à jeûne de moi-même, à desserrer les serres de ce village
Sur mon avenir et la junte de nos malheurs, eux-mêmes à venir
Si j’avais laissé le théorème ainsi, sans fausser les données
Tu me diras que je t’ai fait frôler la fosse
Moi je te dirais que j’ai fauché la mort qui nous aurait guettés
Plus tard, en morcelant par frustrations et annihilations
Je ne prône pas la ville mais si, un lien nôtre
Et cet endroit était tien ou de ton passé : éteignoir
Et je m’y suis éteint, dans une obscurité chaotique
Qui n’avait rien du noir, de l’anarchie du désir et de nos amours
Je n’ai jamais eu d’armure face au quotidien
Dans les travées je me suis engagé désarmé
Seulement pour t’y trouver Minotaura, c’est-à-dire être enchantée
Et c’est à des lieux de là, dans les traîtresses arcanes du cauchemar
Que je t’ai découverte puis perdue puis retrouvée
Je me suis coupé les vues sur toute sortie, mais nous ai ouvert des murs
Ton envie de fuir, peut-être, n’était pas mature
Ton désir de frayer avec moi dans une vie plus libre
De fait plus inquiétante, quand toute sortie doit s’ambitionner
A moi ces impasses m’étaient de doutes, des sortes d’hydres
Tu m’étais les passages, ou je t’en tendais des ponts
Mais des cohortes de créatures déboulaient tout à coup
Il m’en coûtait des couloirs de temps, de ferrailler avec
De faire aller voir ailleurs à ces visages de lune qui te possédaient
Parcelles, lacunaires, nous lacérant plus d’une heure, plus d’un jour
Et je ne sais pas si j’ai appris en ces aires
Sinon peut-être à persévérer résister
Face à ce qui persistait à persifler de mauvais sorts contre nous
Avec ce conte qu’est notre histoire je ne renoue pas :
Je n’en ai jamais laissé le fil, je l’ai simplement tendu
Loin des pièges et je me suis pris à partir : pour apprendre ?
A laisser filer mais cela ne veut pas dire incendier
Cela pourrait s’entendre se défiler mais je dirais plutôt
Que j’ai défié les lois de la résignation, de la désespérance, du malheur
Qui ne sont pas celles de la nature, et toi !
Que tu sois tellurique et en rage, ou mythologique et gigantesque
Je t’invite à imbriquer des pas dans mes empreintes
Et suivre les tracés dans ta perception de nos inconscients
Je ne peux t’inciter à rien, juste tinter au loin
De cette musicalité d’un filin dans l’air
Et que sur un fil, féline, tu saches errer
A l’envers de tes peurs, et peut-être
A l’endroit d’où j’émets
A n’écrire ni toujours ni jamais
Mais à décrire des jours qu’on serait en droit
D’avoir, ou de dire que j’aimerais
Jean-Marie Loison-Mochon