Fantasme à deux lectures – IV
Te plaquer, je le voudrais.
On pourrait peut-être en découdre alors, sur tout ce qui te fait t’en aller, revenir, repartir. […] Et en te plaquant, sortir les fleurets, aller provoquer ce dont tu brûles, ces anciens crépuscules en toi, les provoquer en duel. […] que tu ne t’en sortirais pas sauve mais exposée, à nue pour toi ou nous, comme au portail de tes envers. […] Que le volcanique en toi paraisse s’il le faut, que nous n’ayions la paresse d’aucun évitement. […] Nue ! les hanches attablées et que ton penchant au silence sur les choses porteuses de sens, éclate. […] Je voudrais que les masques tombent, que des séismes à mon contact naissent, peu importe que l’explosion me blesse, nous souffle. […]
Je serais capable d’aspirer la lave, de me brûler pour te libérer ; peu importe que nous expirions si tu es libre. […] Je veux puiser en toi ou que tu puises en moi, pour t’exposer oui, t’ouvrir comme ces jambes qui t’emportent loin si souvent.
[…] Je n’aurais pas de rancœur à te voir partir loin, si je te savais plus libre qu’avant cet instant, qu’avant nous. […] Si une marée ou un trop-plein devait venir de loin en toi, je voudrais lui faire face, me raidir à sa venue comme à l’arrivée d’un torrent.
[…] D’un petit quart actionnant la tornade en toi, que tu fusionnes de ces paradoxes enfouis. […] Mes lèvres à tes lèvres, que tu parles ma langue, qu’elle brûle de ces choses inconscientes qui te parcourent. Qu’elle te brûle ces choses comme autant de plaisirs et douleurs ravivées, des excès mieux que ressuscités : régénérés sous d’autres formes et intensités. […] Au risque de basculer et tomber, tu ne pourrais libérer qu’une main, qui passeraient dans l’ondulation châtain de mes cheveux. […]
J’irais loin en toi, non pas pour violer tes aires les plus reculées, mais pour nous donner la possibilité de nous atteindre. De déteindre l’un dans l’autre par ce grand vecteur que l’on appelle désir, que toi comme moi nous avons cru perdre un jour, dans des vies lointaines. […] te contraignant je te susurrerais d’être libre de partir en quelque pensée qui soit, derrière tes yeux fermés, ou même qu’ils soient à s’ouvrir et se penchent dans les miens. Au travers du relief de tes seins éruptifs. […] J’essayerais d’interpréter ton monde. Je voudrais te porter loin, bien au-delà de cet instant de toi, tes jambes enroulées à mon cou. Loin, quitte à ce que tu m’échappes. […] Que le passé ne soit plus que fiction, que seul le présent t’envole. […] Comme si sous d’intenses secondes, un immense laisser-aller te prenait par les jambes, les hanches, le sexe, le désir, le cœur et que tu nous le donnais, ce laissez-passer vers ton monde intérieur. […] de mon intention de pénétrer ce château que tu disais être l’autre nuit quand tu tombais dans un demi-sommeil. […]
L’éphémère est un château de cartes, il s’éventerait comme ton premier plaisir mais il tremblerait si fort en retombant dans tes zones brûlées, effondrées, atteintes, que nous pourrions fureter dans les ruines. […] A ta faille j’aurais levé une des couleurs du piège.
[…] Je m’enduirais de la couleur du piège, et qu’au bout de moi tu viennes ou repartes.
[…] En toi en moi, que l’on vienne, que l’on se plaque, pourvu que nous ayions partagé. […] Je voudrais avoir effeuillé un peu de nos désirs, de nos fouillis, du bout des lèvres puis du bout des doigts, d’être entré en toi. […] Que ma soif aille se lover en toi.
Jules
Jean-Marie Loison-Mochon
Crépuscule d’un cycle