Fantasme à deux lectures – III
Te plaquer, je le voudrais. […]
En te plaquant avec tout le loisir de t’effleurer, du début à la fin. […] A la dualité de nos corps, que nous convergions vers ton immobilité, sauf… […] Vers ton immobilité sauf celle de tes souffles, ou de ton sein qui se lèverait, qui émergerait sous ma main comme le sommet d’une île. […] Que la chaleur te monte au point qu’il faille tout t’enlever : oui, de ce pull jusqu’à ces autres vêtements masquant ta faille. […]
Je voudrais que la violence monte en toi, en véritable anarchie, d’un désir palpable, sous les baisers que je poserais sur tes seins. […] Je pourrais chuter, je pourrais chahuter encore tes hanches par ma contrainte : sache-le, ici et maintenant, que tu ne puisses pas t’échapper. […]
Tes jambes, je veux les sentir se soumettre à notre étreinte, s’enrouler à ma taille mais… je déboulerais encore. […] Alors cavalier peut-être, ou toi cavalière, je profiterais de ton assise, de t’avoir immobilisée pour glisser, glisser, ne me tenant plus à tes parois que par une main à ton sein, une main à tes hanches. […]
Car tout n’a de sens que quand nos langues inconscientes se parlent, nos corps jusqu’à aujourd’hui, n’en sont-ils pas ses meilleurs interprètes ? […] A ce petit quartier faisant écho à celui de ton sourire qui renonce avec plaisir, ou contrarié par une emprise d’allégresse. Je veux plonger. […] Je voudrais que mon langage de silence s’engouffre en toi, qu’il te parcourt. Je tiendrais tes jambes, tes hanches, elles me seraient une écharpe de chairs. […]
Cette impossibilité d’être autre chose qu’au bout de ma bouche, moi de la tienne, elle t’enlèverait, nous ferait monter : nous serions deux inconscients mêlés, en train de cimenter du sens et de la profondeur. […] Mes doigts qui te fendraient, qui te traverseraient dans nos alliages de lèvres, ils témoigneraient de ce désir. A sens unique, ascension mutuelle. Je voudrais te susurrer… […]
Je ne voudrais que t’embrasser et boire tout le sel qu’il faudrait de cet océan, de ces forêts qu’elles soient de larme ou de désir. […]
Comme une créature au milieu d’un parc aux arbres immenses, je ne comprendrais pas tout mais j’essayerais, d’interpréter tes souffles, tes soupirs, tes silences. […] Car je voudrais te faire quitter jusqu’à cet instant, que tu te quittes toi-même sous la friction de ma bouche contre la tienne. […] Je voudrais voler quelques secondes à tes défenses, que ton flou s’exprime en humidité de sel, de spasmes, de gouttes de désir, comme si soudain tu tenais ta promesse de m’écrire de la poésie. […]
Et peut-être que je ne comprendrais pas tout, ou du moins sur l’instant, mais sous l’insistance de mon attention… […] Que dans cette demi-conscience de toi-même ici assise et nue à ma merci sur cette table, par désir tu me dises d’entrer. […] J’en embrasserais ce qu’il reste, je ne contraindrais pas plus que ce que demandent tes discours de liberté, d’indépendance. De tes paradoxes nous ferions un nouvel élan, sur cette table, toi au bout de moi, au bout de mes doigts, ma bouche à ta faille. […]
A ta faille je me serais enduit de ce parfum de sel et de désir, de tristesse ou de plaisir. […] L’excitation me viendrait encore, davantage, de ces aires vulnérables que nous ouvririons : et que je parte ou que tu partes, nous aurions partagé. […] Oui te plaquer je le voudrais, à cette table. Tout plaquer comme d’un seul cri, d’un seul rire, ce seul moment à écrire. […]
Que tu sois faille, que je sois lave.
Jules
Jean-Marie Loison-Mochon
Crépuscule d’un cycle