A l'anarchie du désir

Fantasme à deux lectures – II

Te plaquer, je le voudrais.

On pourrait peut-être en découdre alors, sur tout ce qui te fait t’en aller, revenir, repartir. En te plaquant avec tout le loisir de t’effleurer, du début à la fin. Et en te plaquant, sortir les fleurets, aller provoquer ce dont tu brûles, ces anciens crépuscules en toi, les provoquer en duel. A la dualité de nos corps, que nous convergions vers ton immobilité, sauf… que tu ne t’en sortirais pas sauve mais exposée, à nue pour toi ou nous, comme au portail de tes envers. Vers ton immobilité sauf celle de tes souffles, ou de ton sein qui se lèverait, qui émergerait sous ma main comme le sommet d’une île. Que le volcanique en toi paraisse s’il le faut, que nous n’ayons la paresse d’aucun évitement. Je veux que tu te frottes à moi, que tu mesures combien je veux te voir : nue. Nue ! les hanches attablées et que ton penchant au silence sur les choses porteuses de sens, éclate. Que la chaleur te monte au point qu’il faille tout t’enlever : oui, de ce pull jusqu’à ces autres vêtements masquant ta faille. Je voudrais que les masques tombent, que des séismes à mon contact naissent, peu importe que l’explosion me blesse, nous souffle. Je voudrais que la violence monte en toi, en véritable anarchie, d’un désir palpable, sous les baisers que je poserais sur tes seins.

Je serais capable d’aspirer la lave, de me brûler pour te libérer ; peu importe que nous expirions si tu es libre. Je pourrais chuter, je pourrais chahuter encore tes hanches par ma contrainte : sache-le, ici et maintenant, que tu ne puisses pas t’échapper. Je veux puiser en toi ou que tu puises en moi, pour t’exposer oui, t’ouvrir comme ces jambes qui t’emportent loin si souvent.

Tes jambes, je veux les sentir se soumettre à notre étreinte, s’enrouler à ma taille mais… je déboulerais encore. Je n’aurais pas de rancœur à te voir partir loin, si je te savais plus libre qu’avant cet instant, qu’avant nous. Alors cavalier peut-être, ou toi cavalière, je profiterais de ton assise, de t’avoir immobilisée pour glisser, glisser, ne me tenant plus à tes parois que par une main à ton sein, une main à tes hanches. Si une marée ou un trop-plein devait venir de loin en toi, je voudrais lui faire face, me raidir à sa venue comme à l’arrivée d’un torrent.

Car tout n’a de sens que quand nos langues inconscientes se parlent, nos corps jusqu’à aujourd’hui, n’en sont-ils pas ses meilleurs interprètes ? D’un petit quart actionnant la tornade en toi, que tu fusionnes de ces paradoxes enfouis. A ce petit quartier faisant écho à celui de ton sourire qui renonce avec plaisir, ou contrarié par une emprise d’allégresse. Je veux plonger. Mes lèvres à tes lèvres, que tu parles ma langue, qu’elle brûle de ces choses inconscientes qui te parcourent. Qu’elle te brûle ces choses comme autant de plaisirs et douleurs ravivées, des excès mieux que ressuscités : régénérés sous d’autres formes et intensités. Je voudrais que mon langage de silence s’engouffre en toi, qu’il te parcourt. Je tiendrais tes jambes, tes hanches, elles me seraient une écharpe de chairs.

Au risque de basculer et tomber, tu ne pourrais libérer qu’une main, qui passeraient dans l’ondulation châtain de mes cheveux. Cette impossibilité d’être autre chose qu’au bout de ma bouche, moi de la tienne, elle t’enlèverait, nous ferait monter : nous serions deux inconscients mêlés, en train de cimenter du sens et de la profondeur.

J’irais loin en toi, non pas pour violer tes aires les plus reculées, mais pour nous donner la possibilité de nous atteindre. De déteindre l’un dans l’autre par ce grand vecteur que l’on appelle désir, que toi comme moi nous avons cru perdre un jour, dans des vies lointaines. Mes doigts qui te fendraient, qui te traverseraient dans nos alliages de lèvres, ils témoigneraient de ce désir. A sens unique, ascension mutuelle. Je voudrais te susurrer… te contraignant je te susurrerais d’être libre de partir en quelque pensée qui soit, derrière tes yeux fermés, ou même qu’ils soient à s’ouvrir et se penchent dans les miens. Au travers du relief de tes seins éruptifs. Je ne voudrais que t’embrasser et boire tout le sel qu’il faudrait de cet océan, de ces forêts qu’elles soient de larme ou de désir.

Comme une créature au milieu d’un parc aux arbres immenses, je ne comprendrais pas tout mais j’essayerais, d’interpréter tes souffles, tes soupirs, tes silences. J’essayerais d’interpréter ton monde. Je voudrais te porter loin, bien au-delà de cet instant de toi, tes jambes enroulées à mon cou. Loin, quitte à ce que tu m’échappes. Car je voudrais te faire quitter jusqu’à cet instant, que tu te quittes toi-même sous la friction de ma bouche contre la tienne. Que le passé ne soit plus que fiction, que seul le présent t’envole. Je voudrais voler quelques secondes à tes défenses, que ton flou s’exprime en humidité de sel, de spasmes, de gouttes de désir, comme si soudain tu tenais ta promesse de m’écrire de la poésie. Comme si sous d’intenses secondes, un immense laisser-aller te prenait par les jambes, les hanches, le sexe, le désir, le cœur et que tu nous le donnais, ce laissez-passer vers ton monde intérieur. Et peut-être que je ne comprendrais pas tout, ou du moins sur l’instant, mais sous l’insistance de mon attention… de mon intention de pénétrer ce château que tu disais être l’autre nuit quand tu tombais dans un demi-sommeil. Que dans cette demi-conscience de toi-même ici assise et nue à ma merci sur cette table, par désir tu me dises d’entrer.

L’éphémère est un château de cartes, il s’éventerait comme ton premier plaisir mais il tremblerait si fort en retombant dans tes zones brûlées, effondrées, atteintes, que nous pourrions fureter dans les ruines. J’en embrasserais ce qu’il reste, je ne contraindrais pas plus que ce que demandent tes discours de liberté, d’indépendance. De tes paradoxes nous ferions un nouvel élan, sur cette table, toi au bout de moi, au bout de mes doigts, ma bouche à ta faille. A ta faille j’aurais levé une des couleurs du piège.

A ta faille je me serais enduit de ce parfum de sel et de désir, de tristesse ou de plaisir. Je m’enduirais de la couleur du piège, et qu’au bout de moi tu viennes ou repartes.

L’excitation me viendrait encore, davantage, de ces aires vulnérables que nous ouvririons : et que je parte ou que tu partes, nous aurions partagé. En toi en moi, que l’on vienne, que l’on se plaque, pourvu que nous ayions partagé. Oui te plaquer je le voudrais, à cette table. Tout plaquer comme d’un seul cri, d’un seul rire, ce seul moment à écrire. Je voudrais avoir effeuillé un peu de nos désirs, de nos fouillis, du bout des lèvres puis du bout des doigts, d’être entré en toi. Que tu sois faille, que je sois lave. Que ma soif aille se lover en toi.

 

Jules

 

Jean-Marie Loison-Mochon

Crépuscule d’un cycle

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