Fantasme à deux lectures – I
“And your exit calms me down
Before it infuriates me »
Colour of the trap, MK
« Tu sais Agu, l’autre jour quand tu es partie, que je me disais que tu ne reviendrais pas…
-… eh je suis là, Jules !
-Je ne sais pas.
-Hein ?
-Non je ne suis pas sûr que tu sois là. A chaque fois que tu reviens, je doute de plus en plus que tu sois réelle. Parce qu’à te trouver, ça me fait un effet telle…
-… qu’est-ce qué tu crois alors ? Qué je suis un fantaseo… une rêverie ? Un fantasma ? Ouh…
-Il est drôle le parallèle…
-Dé quoi tu parles ?
-La fausse transparence, entre fantasma dans ta langue pour fantôme, quand dans la mienne fantasme ça veut dire…
-… deseo[1]. Le désir qué… tu peux pas atteindre. Oui je sais, cé parallèle.
Mais moi jé suis là, bien là. Sens, tus manos sur mes hanches.
-Oui, je te tiens. Et j’essaie de ne pas me demander pour combien de temps, parce que ce serait contraindre mon plaisir à t’avoir là, et même la liberté que tu as, auprès de moi.
–Tenes razon. Hay que disfrutar[2], mon Jules, solo disfrutar. Y sabes[3]… J’aimerais, qué tu me contrains… ves [4]?
-Aaah… oui je vois, Agu… c’est de ça que je voulais te dire quelque chose d’ailleurs. Même de cette histoire de fantasme, fanstama en fait.
-Comment ça ?
-L’autre nuit, une des dernières fois en fait, à Quiberon.
-Oui ça fait des sémaines maintenant…
-Oui. Tu m’avais demandé quel aurait été mon fantasme.
-Sí. Et tu savais pas, tu disais qué… tu as dit algo [5]dé vague. Tu dis toujours des choses qué y sont vagues. Et c’est difficile pour moi.
-C’est un peu ça le désir, tu crois pas ?
-Mais tu as dit aussi qué… tu voulais sentir la intensidad, la… intensité ? en frances.
-C’est ça. Avec toi je l’ai des fois. Mais ce jour-là, répondre à la question du fantasme, je savais pas. D’ailleurs tu ne savais pas non plus. Ou peut-être que l’on savait, mais puisque c’est si intime…
-Est-ce qué tu essaies de mé dire quelque chose, Jules ? ça me plaît, qué tu me tiennes les hanches en mé parlant de ça.
-J’étais sincère cette fois-là, je n’avais pas de réponse sur l’instant. Mais sous l’effet de l’absence je…
–Y ahora, guapo [6]? Tu en as une à me dire ?
-Peut-être. Peut-être même deux.
-Deux ?! Céla m’intéresse Jules. Dis-les moi ! Ou… montré-moi ?
-J’aimerais faire les deux. J’ai même écrit quelque chose là-dessus.
-Ah bon ? Sos misterioso[7], Jules, anda[8]! Dis-moi !
-Eh bien… tu sens, comme cette table dans ton dos, t’attire ?
-Toi tu m’attires, ou tu mé pousses contre elle.
-Oui. L’autre fois, j’ai pas su répondre parce que tu étais contre moi, comme là. Mais depuis, que tu es partie, que je me suis dit que tu ne revenais pas, que…
-Jules…
-Tu dis que je suis mystérieux ? Et flou ? Mais de nous deux c’est toi qui t’en vas sans que je…
-Oui je sais. Mais je né peux pas tout dire, tu le sais. C’est quoi, lé rapport avec mes hanches, la table ?
-Que j’aimerais t’embrasser, déjà. Te pénétrer avec ma langue, et moi avec la tienne.
–Te escucho… te beso[9].
-Je veux que nos langues se connaissent.
…
Parce que c’est dans ces moments, Agu, que j’ai la sensation qu’on se parle le mieux.
– Sí Jules… qué más ? [10] »
[1] Désir
[2] Tu as raison, il faut profiter
[3] Seulement profiter. Et tu sais
[4] Tu vois ?
[5] Quelque chose
[6] Et maintenant, mon beau
[7] Tu es mystérieux
[8] Allez !
[9] Je t’écoute… je t’embrasse
[10] Quoi d’autre ?
Jean-Marie Loison-Mochon
Crépuscule d’un cycle