En toute transparence
Echo de dunes à d’autres dunes
D’Audierne à ce saut dans l’eau
Et comme une envie sauvage et saugrenue
Loin d’Audierne ce bonhomme plonge en effet
Homme effeuillant son écorce de vêtements
Non loin à saute-mouton je joue
Non loin dans ce fouillis de temps, je joue
A enjamber le roulis des rayons, allongé
A enjamber des haies de sable pour oublier le jour
Je l’ai vu en arrivant, ce type qui a plongé à peine habillé, presque déshabillé. Il marchait, regardait alentours, les pieds traînant au bord de l’eau, s’éloignant le plus possible des gens, qu’il jugeait trop nombreux sûrement, autour. Une femme se changeait, je les vis s’échanger un regard. Elle faisait glisser du tissu sous un paravent, dévisser du tissu au mate de sa peau, drapeau affalé jusqu’à ce mollet tatoué. Elle se changeait, ils s’échangèrent un regard. C’est à peine après que le bonhomme a décidé de remonter le sable des Trois moutons, de quitter soudainement toute sa laine. Surenchère ? Je ne crois pas et puis, cette fille était bien à 200 mètres en arrière.
Je ne sais pas lequel des trois moutons l’a piqué mais il s’est désapé en une seconde, celle juste avant 19 heures et il a filé à l’eau. Peu lui importait je crois, de ne pas avoir la tenue qu’il fallait : il lui fallait plonger. Il y a des tenues de soirée, des tenus de ceci, de cela : lui, il a dû se dire « à quoi ça sert tout ça ? ». Dans cette eau nous sommes tous transparents.
En toute transparence
Une eau qu’on ne dirait pas d’ici
Ce type part en se mettant le sourire aux lèvres
Moi peu après je m’étends et soupire dans le rêve
En toute transparence j’aimerais
Lui amerrit, électrisé de fraîcheur
Sous la brise et les regards. D’un paravent ?
Dans la seconde il sort, revitalisé
L’eau de cristal s’empare de vous !
Comme une onde ou un chant, attirance
La transparence vous attire et vous saisit
Homme on dirait qu’une sirène te regarde
D’apparence au loin, dirions-nous qu’elle sourit ?
Dans la transparence l’homme reste un instant, une seconde. Ce plongeon l’eau l’a téléguidé, attirant et chaud soleil, à en retirer ses vêtements dans la seconde, celle d’avant 19 heures. Le type sort et à côté de cette fille qui semble être sa sœur, il attend debout en regardant les sirènes de la transparence. Il attend que la brise l’essore. L’horizon de mer lui donne une contenance. Combien de plongeons est-ce que ça contient, un océan ?
Aux Trois moutons, je les compte et je les compte, dans un fouillis de temps. Mais le sommeil ne vient pas alors je la tonds, je la tonds, cette plage de ses rayons. Je l’attends, je l’attends, la dernière brise qui saura m’essorer. Et je regarde ma sœur lire sur le ventre tout à côté.
La quiétude est ici, comme un esprit. L’eau est lisse, les trois moutons je ne sais pas où ils sont. Dans nos frisottis de soleil, d’ailleurs nous ne sommes que deux, ma sœur et moi.
Le petit somme ne viendra pas, les sirènes ne chantent pas ce genre de berceuse. Les gens se replient, s’en vont. Moi je savoure l’horizon, comme ma sœur son livre, comme un plongeon. La brise m’essore la laine et je peux m’allonger dans la seconde, rhabillé de rayons, des vêtements qu’il me restait. Oui car en toute transparence, ce type c’était moi.
Jean-Marie Loison-Mochon
Crépuscule d’un cycle