Distillation d’chat noir
J’me rêve en chat noir
Déroulé des hanches à la nuit
Et d’rouler sans trêve, à la recherche
En recherche d’une ombre
Sombra, qui m’a roulé, en s’en allant
Son bras aux abords d’ma silhouette
D’la sentir assaillie, ma silhouette à poésie
D’là, sortir ? Ah, si j’pouvais !
Mais sortir, même si j’pouvais ?
Le voudrais-je, à la nuit ?
Je suis d’la poudre et j’erre, noir
J’suis une poudrière, à la nuit
Et mi sombra, j’la cherche dans l’noir
J’suis pas assombri, j’suis noir
J’suis plus à son bras, sa patte
Mais mi sombra j’la cherche
Car mes ombres y sont perchées
Mes ombrages de poésie, accrochés
Alors j’décoche mes pattes à la nuit
Un pas puis deux j’accroche un élan
Et j’goûte ici ou là, les goûts d’nuit, les goûts d’noir
J’traîne la patte, à l’anarchie des gouttières
J’me traîne pas : j’attaque le vide
Mais ma patte se vide de sang
A feu d’mouvement et d’ombre, j’suis grand
A sang d’moins d’moi et d’encre, j’suis quoi ?
Pas gris, ‘faut pas charrier !
Mais ma griffe est chargée de sang et d’encre
Ma griffe va charrier des marées d’lune
J’m’agrippe à l’idée, qu’l’argent est la plus belle ombre
L’argent des lunes, un pelage alléchant
Et dans c’paysage de nuit, j’cherche mon ombre
Ma patte erre ici ou là, en poésie au noir
Va-t’en chercher une ombre dans l’noir, mon chat !
Va-t’en bêcher à la griffe, sous l’argent des lunes
Y’a rien d’léger à l’allant quand on saigne
Mais y’a à s’lécher d’élan, pour qu’on règne à nouveau
De nuevo rayer le noir, à l’argent des lunes
De nouveau, orpailler d’l’encre et d’l’ombre, mon chat
Alors allez ! Allons ! N’arrêtons pas l’char
Et allez mon chat, dans l’noir y faut r’trouver
Y faut s’trouver un monde d’ombres et d’histoires
Car le noir t’a distillé, mon chat
Sur un carrelage nuit, la destinée d’une quête
De t’argenter l’pelage et griffer l’noir, y dessiner
Surtout pas pour r’trouver l’Nord, mais mieux
Sur toi, accoutume tes yeux à la pénombre
Et couds-toi une ombre, quand tu la r’trouv’ras
Ecoute don’ une ombre, qui n’attend que toi
Jean-Marie Loison-Mochon