Désenchantement
Les nuits sont étranges récemment
Elles ont ces tranches d’influx laissé sciemment
Des refus au sommeil, des repaires de lecture profonds
Cette ivresse du soir tu sais ?
Diffuse et vermeille comme le sang
Dont le pouls bout dans les basfonds
Je ne dirais pas qu’il y a combat, danse disons
Cadence de ces heures que je laisse balancer au fond du cadran
Sans pour autant occulter les autres phases, quand inconsciemment
L’étrangeté me trace un visage pas complètement étranger
Qu’un réveil me le casse, par dérangement
Des autres pauvres de l’immeuble, eux dérangés je crois
Formes anthropophages, s’assaisonnant la vie de silences dévorés
J’aimerais leur dire : dans vos rêves aussi je viendrai ruer
Mais j’en reviens aux rues de ma nuit, ma virée
Car je pense qu’eux n’ont que du rêve-ivraie, intoxiqués par leur manque de vertu
La mienne est d’aller au bout du vice et m’apercevoir
Que ma plus grande vicissitude, oui, est le vide
J’ai le vice du vide, eux dorment et je me risque à dire
N’aérant leur néant de chaleur que par des hélices stupides
Et je préfère en revenir à mes stupeurs, des heures des limbes ou celles du rêve
Mes prises errent presque insaisissables et pourtant
Ces quelques scories que je sais capter, j’aimerais dans l’instant pouvoir te les raconter
Eclatant de sens ou par des présences éclatées, je recompose après
Ce visage qui il est vrai, dans le temps, dans l’amour, me valut des ecchymoses
Et qui s’ose consciemment à replonger dans de tels yeux ?
Dans de tels lieux je me perds sévèrement, sans déciller
Volontairement et par persévérance, je saisis
Des expressions, des phrases qui n’ont pas été
Nous n’en sommes qu’à des nuits de printemps mais à tout va je joue à guetter
Les présences qui me fréquentent, les yeux que je visite
Or ! sans préséance ni politesse, une nuit récente
En orbite entre deux éveils, j’ai obliqué sur ces quelques secondes capturées
D’instinct je me souviens d’une voix connue, peut-être celle du visage
Disparue, mais au fond je ne sais plus bien de ce rivage
Je me souviens simplement de comme une mélodie des chants tendres, mais répétés
Et dans cette marguerite d’impalpable, j’ai ramené quelques pétales à réentendre
Non ravagés mais parcellaires, dont l’un disait, des heures durant :
Désenchantement, désenchantement
Et je n’ai pas su du reste, interpréter mieux
Voir plus précisément dans les plis déments ou censés de ma rêverie
A tenter de déplier le sens, l’un attentant :
A attester d’une magie disparue des choses
Ou l’autre, attendant son heure qui sait
D’un sort levé, d’un sortilège qui ne saignerait plus
La peau de mon inconscient, en est restée marquée
Et toi qui débarques ici dans le délire de mes appeaux
A désenchantement, quelle orientation donnerais-tu ?
Jean-Marie Loison-Mochon