Au fond des poches
Est-ce que par toutes les villes du monde, il en ira de la même chose ?
Toi, tu pourrais m’en dire de deux, puisque tu as plusieurs voix
Y a-t-il ecchymose plus ou moins sordide d’un lieu à l’autre ?
Je vois que j’ai du plaisir, à cette vie, je n’occulte pas
Que chaque mois tout recommence
Je dépense mon temps que rien ne rachète
Capitale ou province, sue-t-on de la même moderne peine ?
Machette invisible qui fractionne, sépare, évince
On s’évade on revient sombre car on pensait
L’évasion comme un voyage, une élévation moins mirage
On se sait vague dans ces jours, on se retient
D’une telle frustration, de ne pas être plus libre
Puis de se libérer et soudain ne plus savoir
Comment faire pour maintenir la pulsation à ces hauteurs
Je te parle de sans cesse y revenir
Et il n’est guère que quand une main en tient une autre
Qu’un genre de paix règne sur l’éternel anti-retour
Celui-là du quotidien, qui mène à l’éternel détour
Je te parle de la quotité idiote que nous mettons à rester stupide
Et de la stupeur qui nous prend quand nous nous en apercevons
Et de la torpeur qui renaît quand dans l’instant nous oublions
Que le carcan ne se défait jamais, autour de l’embryon d’espoir
Oui : du matin au soir nous sommes gris puis nous brillons d’espérance
A nous dire que de la servitude nous avons payé le prix
Mais le prisme se répète et l’argent brille moins
Au fond des poches, voilà cet isthme avec le vide
Trouée noire d’une nécessité avant toutes les perspectives
Sauf à, qui sait ? s’arracher tout vêtement et redevenir sauvage
Au fond cette saveur d’avenir d’être ce que nous avons toujours été
Et qui d’une ville à l’autre, d’été en printemps, d’hiver au temps où tout tombe
Notre nature s’attend à vivre et se frustre car il n’était écrit dans aucun livre
Qu’il faudrait attendre des lustres et mourir, pour revenir à la terre
Alors qu’aussi bien des rues se traceraient pour nous sortir de la mélasse
Même si, hélas et c’est facile, on en revient à ces astres peu ambitieux et dociles
Car il est facile, oui, d’être oublieux
Et déçu de soi, de rester au milieu
Dans un inaudible désastre, lestés des mêmes chaînes
Vivant fantômes, cette chose si invisible à tant d’yeux
Et pourtant si commune, comme une réalité
Jean-Marie Loison-Mochon