L’Andin

J’ai croisé ce type hier, dans un bar une bière à la main

Il n’est pas de tous ceux-là qui frottent la chope à s’en croire Aladin

Je crois qu’il aurait à dire, même si cette heure verre aux lèvres ne servait pas à ça

Temps à la saveur d’arrêt du cours

Le type andin, continent que toi et moi connaissions bien

Aux tempes la moiteur des notes jouées façon Irlande

En d’insistantes phrases que nous échangions, persistantes oui

A se faire entendre, et il aurait à dire

Élégant, libre, en dedans sans le montrer

Voyageur sédentaire, sans trop de dédain pour la ville

Même s’il en serait volontiers parti depuis longtemps

A faire silence du temps d’ici : mais je ne l’aurais pas rencontré

Pas pour affaire mais par l’amour il est arrivé

Par l’amour il est devenu père puis l’amour s’est perdu

Mais sur la carte il a dû rester, paternité oblige

Je n’ai rien à dire de désobligeant, même au contraire

Dans son beau paraître rond, l’être à la fois philosophe, à la fois boisson

Il dort en lui quelque chose de l’ordre de l’humain

Du paternel qui ampute sa vie sans faire des heures à le dire

Et sans faire désordre je l’écris, qu’il m’a paru plus noble que ce que j’aurais pu préjuger

Pas aigri de son monde à la fois renversé, à la fois arrêté

La foi en l’amour pour l’enfant, le sang sur terre qu’il a versé

Pas grisé, pas sans sobriété ; passants nous sommes restés, superficiels

La terre a une telle superficie et pourtant j’ai aimé

Me trouver là, à causer de choses qui me parlaient

Sans accuser le sort, juste à croiser des vues, sœurs ou fraternelles

Je sais bien qu’il ne l’a pas vu ainsi, de mon esprit c’est un biais, une vue aussi

L’Andin avait l’air d’un Saint-Ex, élégant dans sa mise

Mais déjà je me répète car en fait dans cette histoire, j’ai entrevu la vie

Celle-là que je faillis avoir, tendue comme un verre et ses reflets : un miroir

De l’homme qui par amour, est venu, est resté

Pas à contre-cœur car quand on aime on est lesté

De bons sentiments, d’intentions saines que rien ne peut contrecarrer

Sauf la vie dans ses sentiers démentis ou altérés

Et vraiment j’étais ébahi de ne pas le sentir monter

D’une sentimentalité blessée, d’une frustration épaissie

Il était là dans la ville, à me dire qu’il y serait encore des années

Sans être un corps désincarné, pas davantage résigné

Ayant perdu l’avantage d’un certain sens à la liberté

Mais je crois qu’il n’aurait pas partagé ce mot « perdu »

Car l’amour part du plus profond de l’homme

Et sa terre à lui ne fait plus le tour que d’un petit visage

Petite planète entière, appelée à croître

Qu’elle s’appelle rose ou s’apprivoise d’un autre prénom

Et j’aimai écouter ces joues pivoines me parler de jours idem, idoines ici

Il donne

Bien que dans le superficiel tout ne fut pas dicible

Rien qui ne sut me faire perdre la part qui était décelable

Du paradigme ainsi décrit : l’amour et le temps, sa fable

Pour la terre d’une toute petite femme

Jean-Marie Loison-Mochon

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