Cousins
A Yvain
A l’entrée la véranda
La voir en d’autres temps
A l’entrée du passé, andar
Et l’odeur, ce truc inimitable
Il est minuit et tu carbures jusqu’ici
Il est même plus et tu as bu la route
Et la maison essaime ses humeurs
Ses rumeurs de passé, de bruits et odeurs
De mille saisons aimées, que le souvenir clairseme
Car c’est la même et pourtant plus
La même importance et plus
La même portée à l’anse de nos passés
Car dans cette maison nous sommes des îles
Enfants ou hommes maintenant, on se rappelle
Sans fantasmer mais tenant le goût réel
De ce lieu tant fréquenté, où nous formons archipel
Et nos sens sont à décanter : à écouter
Une présence ancienne a depuis fait le pas de côté
Mais la mort n’est qu’une persienne au temps
D’où j’aime à croire que l’ancien puisse regarder
Nous regarder mélanger nos pensées
Parcourir chaque pièce, dont on a su garder
Ici une toise et là une espèce d’interdit
Des espaces d’autres temps, réservés à l’ancien tenant
Et c’est ravissant, vraiment, de se voir du même tonneau
La vie sans le dire nous a laissé cela
Ces laps de temps caressés de flou
La toise ne saurait mesurer en nous
Là toi ce soir ou demain matin
Dans les couloirs à évoquer les nuits mâtinées de bruits
Un vocable commun de sons, inimitable
Et la cage d’escalier où jouent tes filles
Je vous y revois vous deux, petits
Je nous y revois aussi, nous deux
Je nous revois, quittant la table et l’appétit
Car les petites jouent et le même bruit résonne
Jusqu’à ce qu’une voix rabroue et tonne
La même dont la moue le dimanche soir baissait
Sans y donner à voir mais sensible : est-ce un secret ?
Et c’est un cran de plus qui s’écrit
Ce moment quand tout finit, quand tout revient
Ce môme en toi, en moi, qui repart, revient
Ce repaire en toi, en moi : ce lieu
L’homme est manquant maintenant et tu es père
Des repères en toi, en moi : en ce lieu
L’homme aimant quitta la scène, aimé quand même
La mémoire ici nous aimante et sans mélancolie
Et lentement sur les collines nous allons
A l’ombre de l’hiver, culminer en des instants
Le tintement est là, de tous ces chemins connus
Tintamarre enivrant, pas entravant
Puis en forêt une trouvaille, royale
Une borne où tu as souvenir, dominant le lys
D’une hermine ornant la pierre
Et l’eau du temps n’en a qu’un goût plus fort
Plus fer comme au puits au verger
Ferrugineuse mais en rien rouillée
Où nous scories lumineuses peuvent converger
Jean-Marie Loison-Mochon
Crépuscule d’un cycle