Cousins - Crépuscule d'un cycle - Jean-Marie Loison-Mochon

Cousins

A Yvain

A l’entrée la véranda

La voir en d’autres temps

A l’entrée du passé, andar

Et l’odeur, ce truc inimitable

Il est minuit et tu carbures jusqu’ici

Il est même plus et tu as bu la route

Et la maison essaime ses humeurs

Ses rumeurs de passé, de bruits et odeurs

De mille saisons aimées, que le souvenir clairseme

Car c’est la même et pourtant plus

La même importance et plus

La même portée à l’anse de nos passés

Car dans cette maison nous sommes des îles

Enfants ou hommes maintenant, on se rappelle

Sans fantasmer mais tenant le goût réel

De ce lieu tant fréquenté, où nous formons archipel

Et nos sens sont à décanter : à écouter

Une présence ancienne a depuis fait le pas de côté

Mais la mort n’est qu’une persienne au temps

D’où j’aime à croire que l’ancien puisse regarder

Nous regarder mélanger nos pensées

Parcourir chaque pièce, dont on a su garder

Ici une toise et là une espèce d’interdit

Des espaces d’autres temps, réservés à l’ancien tenant

Et c’est ravissant, vraiment, de se voir du même tonneau

La vie sans le dire nous a laissé cela

Ces laps de temps caressés de flou

La toise ne saurait mesurer en nous

Là toi ce soir ou demain matin

Dans les couloirs à évoquer les nuits mâtinées de bruits

Un vocable commun de sons, inimitable

Et la cage d’escalier où jouent tes filles

Je vous y revois vous deux, petits

Je nous y revois aussi, nous deux

Je nous revois, quittant la table et l’appétit

Car les petites jouent et le même bruit résonne

Jusqu’à ce qu’une voix rabroue et tonne

La même dont la moue le dimanche soir baissait

Sans y donner à voir mais sensible : est-ce un secret ?

Et c’est un cran de plus qui s’écrit

Ce moment quand tout finit, quand tout revient

Ce môme en toi, en moi, qui repart, revient

Ce repaire en toi, en moi : ce lieu

L’homme est manquant maintenant et tu es père

Des repères en toi, en moi : en ce lieu

L’homme aimant quitta la scène, aimé quand même

La mémoire ici nous aimante et sans mélancolie

Et lentement sur les collines nous allons

A l’ombre de l’hiver, culminer en des instants

Le tintement est là, de tous ces chemins connus

Tintamarre enivrant, pas entravant

Puis en forêt une trouvaille, royale

Une borne où tu as souvenir, dominant le lys

D’une hermine ornant la pierre

Et l’eau du temps n’en a qu’un goût plus fort

Plus fer comme au puits au verger

Ferrugineuse mais en rien rouillée

Où nous scories lumineuses peuvent converger

 

Jean-Marie Loison-Mochon

Crépuscule d’un cycle

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