Allégresse volatile - Crépuscule d'un cycle - Jean-Marie Loison-Mochon

Allégresse volatile

Un rail à la lune

Dans l’éventail du crépuscule

Eventail qui se désarticule

Curiosité de mots trop répétés

Et le vent taille sa part en moi

Corps visité comme hébété

Elevant l’ailleurs dans l’horizon, la lune

La lune est à emprunter un sentier

Au ciel comme deux lianes blanches

Au coteau un arbre a l’élégance

De se courber le dos, de toutes ses branches

A secouer ce flot de peu de feuilles

Et moi je fouille le ciel

D’émoi je foule à vélo les failles du jour

Je me défoule sous une pagaille de nuages

Et cet arbre en haillons a de l’élégance

Il s’étend là sans les rayons, comme d’une révérence

Corps d’une élégance, comme errant sur les hauteurs

Comme rendant à la terre sa silhouette empruntée

Au printemps sera-t-il là

Aux pinces tant redoutées de l’hiver

Le prince crépusculaire est en avance

Ce temps quand l’air balance d’un rien

Ce temps couleur colère ou coups : violet

Je veux l’épeler encore, m’y accoler

Je veux laper le feu, je veux miauler par jeu

Le parjure serait de se rentrer sous lampe

Plutôt que d’entrer sous l’emprise de la nuit

Le crépuscule est sa révérence : une mise

On parie qu’à rêver en ce sentier

On parie d’arriver à traverser la nuit, entier

De se déverser au cours d’une nuit entière

Tout ce crépusculaire qui accourt

La nuit, ce crépuscule qui la coud

Les coudées franches, une buse me poursuit

Je l’ai débusquée, nos voies se suivent

Mon allégresse est volatile, son vol : hâtif

Je ne lui adresse qu’un regard

Oui car plus serait maladresse

Car la nature a son cérémoniel

Alors sereine elle m’ignore

De ce règne animal je ne suis pas roi

Mais le rêve dont je m’imprègne y est parloir

Pas de loi à part celle du noir

Pas à pas vers toi, moi, dans cette parcelle de nuit

 

Jean-Marie Loison-Mochon

Crépuscule d’un cycle

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