Cette ville bientôt visible

J’aurais mille histoires à te raconter

Et j’aimerais savoir des ramifications qui nous relieraient

Je te dis là un peu de cette ville, notre histoire à elle et moi

Un jour je lui suis venu, fébrile mais fiévreux aussi

Quand être vulnérable dessine la carte de l’avenir comme aucun autre remède

Dans celle de cette ville, je me suis senti libre et brillant

C’est-à-dire plein d’ombres intérieures, à caresser, chasser, punir ou garder

Et cette ville m’y a aidé, encouragé

Or étrangement, j’ai repris de l’élan, puis en ai perdu

Puis en ai repris et suis parti

Sachant au fond pouvoir revenir ?

Cette ville m’est un volcan, c’est-à-dire que je m’invoque en elle mieux qu’en nulle autre

Sa chambre magmatique confond mon esprit, mes perceptions et perspectives

Son chant bruit sans cesse, au loin sur d’autres cartes, ou celle en moi

Elle n’est pas sirène mais exerce sur moi ce règne

Du paisible et de l’intensité

Invisible pays que je pourrais passer ma vie à réciter

Comme à un Khan mais sans les carcans du pouvoir

C’est ainsi que je lui suis revenu, assez à vide comme ma main qui en tint une autre

Je suis revenu et depuis tout se fait sous vibrantes invectives

Ce puits se réactive et tressaille, tinte au plus profond

De moi, je perçois des ondes, des sons, des ombres

Mais autour surtout, à l’angle de mes feux j’entrevois

Des passerelles subtiles, dans les pastels du crépuscule

La ville, me fait-elle aller vers des portails, des ponts ?

Elle m’est un port taillé pour projeter de telles constructions

Et autour surtout, te disais-je, d’elle ou moi il y aurait…

La matérialité d’autres projections, des ombres qui s’agitent tout près

Je m’en sens serein, comme si tout était là déjà

Que les silhouettes qui abritent ces ombres vont apparaître

Et si loin que tu sois je sais, que tes voix, ta musique pourraient voler

Jusqu’à pénétrer cette ville par une invisible fenêtre, lointaine habitante

Il serait si facile d’écrire qu’au pied de mon volcan, je vois s’étirer les ombres

Les sachant approchantes, quand hypnotisé

Je suis à regarder leur feu naître

Jean-Marie Loison-Mochon

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