Celles qui entendent les âmes

Dans la virevolte des heures, l’ascension des énergies

J’observe des conjonctions, de volcans communicants

Dans la volteface des humeurs, celle d’une chamane

Et dans le visage invoqué face au mien, d’une distance de six ans

Un amour s’afflige, ou nous inflige la toxicité de quelque profondeur

D’inciser en nos cimes, en nos corps terrestres, elle fit son habitude

De séismes et fracas remuants, pour un effondrement final

Les volcans sont les cathédrales des âmes

Les Andes m’ont enseigné un monde, et les ennuis au-delà

Un enduit de lave et cendres, à s’en réduire à poussière ?

En saignées d’hier, quand l’édifice s’effondra une première fois

Une autre ombre apparut, se hissa par-delà ma silhouette

Parle de la mort, elle viendra, parle de la vie, elle répondra

Cathédrale effondrée : ruine dont rebâtir

Et ce jour où je partis, cette femme reparut

Je crois qu’elles sont de celles qui entendent les âmes

Toutes deux musiciennes, à faire résonner le vide

Réseaux et galeries, du chaos à l’émergence, du néant au magmatique

Elles entendent les ondes, elles perçoivent le mouvement emphatique et profond

Elles sont un peu sorcières qui sait, elles savent qui saigne, qui guérit

La sève à la guérite, au cœur, savamment elles l’écoutent

Et l’une s’en va, de mon sang vague et trop peu soumis

Il est trompeur de se mettre un abime sous cloche

Et je crois ici que ce cycle a crissé soudain du fil

D’une première flèche décochée depuis là-haut, depuis la hauteur éruptive

Pas de pillage au ciel, la piel écorchée mais vive

Ces femmes entendent les âmes, flammes en transe du mieux qu’elles peuvent

Depuis ces corps humains, nos écorces terrestres

Ces histoires sont cousues main, par la Providence, l’amour, la volonté

De tisser des ponts, de construire des maillages

Chaîne démontée de vagues magnanimes mais violentes

Chaîne de montagnes, à trois issues

Trois ici, oscillant entre sublime blessure et pathétique froidure

Tous trois feux durables, dans le flou théâtral de cette étrange fable

De femmes qui entendent les âmes et me le prouvèrent

Les sommets des Andes se retrouvent, hier passe par demain

Par ma main, que des sorts réprouvèrent

Que des sortes d’ouvertures appellent, entre ciel et terre

Ayant la fureur des étoiles, sous couverture planétaire

Je leur regarde ces feux saillants, leurs yeux qui sur moi dardent en grand

Je me veux minime, je ne veux plus rien envenimer

Je me sens remis de séismes, j’en sens l’imminence d’autres

D’outre-tombe je caresse ces ombres qui s’approchent, grandissent

A mesure que les corps s’éloignent, approchent, dans l’appendice

Qu’est ma vie, qu’est la leur, qu’est leur vœu ?

J’aime leur virulence et la magie qu’elles couvent

Etant femmes entendant les âmes

Leur vie, leur violence, dans le vide et l’absence

Avant que la lave ne renverse tout, n’ensemence

D’une ambition avide, d’un encensoir d’invisible

La profondeur de ce cycle qui s’ouvre

Jusqu’où les voilà qui me visitent

Jean-Marie Loison-Mochon

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