Ce pays
Grâce à toi ce soir, j’ai trouvé le nom de ce pays ! Je n’ai pas eu à chercher loin, il était là devant nous : un nom de pays, une langue, une autre, une lettre que l’on change de place et voilà, je l’avais.
Je navigue après toi
Mes yeux regardent la portée de tes pas
Par mégarde parfois, sont emportés plus haut
Je navigue après toi, au long du sentier
Par mégarde tu butes ici ou là
Tu naviguais mieux dans le cycle qui plonge
Je divague et plonge un peu, les yeux dans la bascule
Tu butes ici puis nous choisissons l’angle,
De vaquer les yeux à l’horizon, géométrie d’oraisons
A l’angle de la baie, métrique de vaguelettes
Le but ici, d’où l’on butine la baie
Et quelque cuisine à faire ou déjà faite
Déjà le feu s’éteint
C’est un soir comme un autre
C’est-à-dire comme aucun autre soir
L’horizon somme le soleil de descendre
L’horizon est une ligne, à écrire ou à dire
L’horizon te désigne, pour décrire
Tu dessines mes lignes dans tes mots
Le drapeau noir au dos, je m’irise
Tu décrirais ta propre peau, les traits de ton propos
Mais ma ligne ici le taira pour la ligne là-bas
Pour l’à-propos d’une géométrie d’horizon
Tu te décrirais la peau comme mise à nu
Mais à la nuit
Mais avant la nuit aussi
Mais cet avant je le garde ici encore
Un corps dont seul le vent a écouté aussi
Cependant par mégarde il se pourrait…
Il se pourrait que ce que tu me décrivis à la nuit m’ait enfin donné le nom de ce pays. A la nuit je te vois ce corps qui me connaît. J’y plonge comme toi et ce cycle plus tôt. Avant le couchant, avant le coucher. La vieille route nous a ramenés et au ras de mes pensées je vois tes traits. Tu me parlais d’un drapeau noir, dans les géométries de l’horizon.
Je vois l’architecture de ce pays, comme des visions. Je bois ta peau, des paraboles de perceptions confuses, la noirceur triangulaire, cette nuit, cette côte, la matrice de ce nom. Le nom à ce pays, notre pays de ces jours-ci, que le soir a dessiné, je crois bien qu’il se dit : alegría.
Jean-Marie Loison-Mochon
Crépuscule d’un cycle