Ce n’est pas bien
« Dañar a alguien – NO ESTA BIEN »
Sais-tu, ou t’en souviendras-tu ?
Que moi aussi voila longtemps, voila une autre vie
J’avais déjà vécu dans un petit village perdu
On y tanguait entre fantomatique ou merveilleux, l’hiver
Et dévoré par le frénétique appétit des foules, l’été
En guerre avec le calme ou en paix avec le vide
Parfait trou noir, comme il se disait d’ailleurs
Marécage idéal pour y faire macérer des poussières
Et avec un peu de rage ou d’acharnement, fermenter une étoile
Et je fais remonter ce temps jusqu’à toi pour dire ici
Que cette dilution je l’avais faite, opérée, subie
Au paroxysme des petits humanités, j’en ai tout bu
Du paisible et des blessés s’abritant, au petit opéra périlleux
Bord de mer de noyés dans l’alcool, ou le rance d’une vie trop rude
Orchestration des petits pouvoirs voulant faire ployer
Petit village de France comme on en fait trop
Brandissant un temps qui n’était plus, accueillant l’étranger, l’errant, sans rumeur
Temps qui bien sûr n’a jamais été, mais l’histoire est celle qu’on se raconte
On ne se souviendra pas trop des processions et pardons
Files dans lesquelles on entrait, médisant pourtant de son prochain
Ces légendes qu’à la fin on contera aux enfants
Mais qui de l’étable aux bourgeois n’étaient qu’une petite comptabilité
De l’état des misères, des médiocrités, des faux semblant les dissimulant
Du stimulant à toute moisissure, tu me diras
« Tu ne médiras pas de ton prochain » est un précepte jamais édicté
Crois-moi, à 100 ans ou 10 de distance, tout !
S’entendait pareil et s’entendrait encore
Crachant sur les haillons du temporaire résident
Tatillon taxant le toupet, et se montrant comme ayant tout pour plaire
Tout ça pour qu’une fois passé le portillon de ce petit pâturage
On loue la peinture du passant parti, quitte à l’avoir confisquée
Car dans les petits villages, on prend son parti de tout
Et surtout du contraire de celui d’hier
Celui qui erre -ou celle- n’aura jamais bon accueil
S’il te plaît, ne reprends pas une cuillère de plus
De beaucoup de ces sourires qui ont le sucre et le sel
Mais qui sous couvert de leurs foyers se délectent jusqu’à plus faim
De la bonté naïve, de la honte apparente, des peines établies et montrées
Ce petit petit monde, de toi, un jour ou l’autre va ripailler
Il voudra te broyer mais en faisant durer, durer
Et crois-moi, je sais que n’en es pas parente
En rien, et ton destin t’appelle ailleurs
Il y a des salissures qu’il faut s’infliger
Et dont la seule souillure serait de s’y résigner
Moi aussi, j’ai signé au bas de ces petits conforts de voisinage
Et j’ai voulu ignorer, en être mais ne pas y entrer : m’aveugler
Jusqu’à susciter l’ire de l’édile pour des palmes mal publiées
Méfie-toi, si tu n’applaudis pas quand ils se pâment
Et de petits méfaits perfides, j’en fis naître d’autres
D’une femme aînée qui n’eut jamais le courage de son désir
Et sur les dires de sa frustration fit enfer du voisinage
Les fils tombent un à un de ces toiles, lorsque tu vois et brûles
Du feu dont tu brûles toi : sincère, aimant et vulnérable
Les toiles, préfère toujours celles que tu peindras
A celle que je te dépeins, et qui sans étonnement dépeuple les campagnes
Toi l’étrangère, que fais-tu échouée sur ces rivages sans océan ?
De toi-même, et de toi-même ailleurs, tu devrais rêver
Séance tenante ! river les yeux sur tes mondes amis et amoureux
Et pas l’amoncellement d’immondices que cachent ces clochers
Crois-moi je n’ai pas décroché, ni de mon propos ni de toi
Juste de ces aires-là, de cette aire ; je t’esquisse topographie
Et si j’y suis satyre ou paranoïa, petit emporté ?
Peu importe à la vérité, car en ces lieux on ne l’a jamais
On ne lâche jamais le ragot, on te prête des harems
Ou ta jupe trop relevée, ou ce mot que tu as dit
Ou cette phrase mal prononcée : paradigmes d’enfermement
En ces lieux qui se disent paradis, sache que l’enfer te ment
Alors si en plus tu t’y astreins à l’enfer d’un manque…
Crois-moi j’ai tout vu, trop, puis étouffé
Dans ces petites fiertés, dans ces pierres qui ont duré, les airs viciés
Sur les visages touillant, touillant, la grande marmite
Prêts à te servir depuis cette soupière où tout contenu ne peut que mal tourner
Si de toi-même tu détournes les yeux, tu t’exposes
A tomber au bout d’une fourchette, d’un couteau
En ces mondes étriqués, on veut paraître géant, pour !
Te faire sentir minuscule et ce coup, tôt ou tard va partir
Le coup de trique ne laisse pas de place à des phrases comme la tienne
« Faire du mal à quelqu’un – ce n’est pas bien »
Et si j’ai l’air si critique, c’est que je le suis envers moi-même
Le mal, d’avoir dû t’en faire
Mais les mains libres, je te voulais, et toi
Tu retenais les miennes, à mesure que l’on coulait
La mer t’effraie mais par peur, tu te comportas sirène
Tu me confortas dans les alarmes qui ne s’éteignirent jamais
De mon inconscient, quand ces jaillissements pourtant
Chamane, tu savais les lire mais ne sus pas t’y tenir
De mon inconscience je ne regrette rien : j’avais vue claire
Foudroyé par de tes éclairs ulcérés, oppressants
Ceux qui t’ont fait ternir, et si peu prendre soin
Et je ne regrette rien, sinon de n’avoir pas eu la force
De nous ouvrir la voie en déchirant le voile
De cette abstraite et vaine désespérance d’alors
Quand à l’aurore je me réveille en relisant cette ligne
De l’horizon, qui me dit des rêves et présences
Qu’il est mal de blesser quelqu’un, qu’il émane de ces mots du sens
Que l’on eut pu saisir, et que dans ce lit d’encre, il n’est aucune absence
Dont le jour à la nuit ne pourrait se dédire
Puisqu’ensemble à ce jeu, des lueurs ils se dédient
A la vie à la mort, sans jamais en finir
Jean-Marie Loison-Mochon