Caillots électriques
Fragment
Vers Munich. Aucune étoile au ciel.
Cieux noirs orientant les yeux au sol.
Petit village éclairant le vol.
Veines terrestres enluminées,
Plaine aux caillots d’un sang électrique,
Petit pillage d’obscurité.
L’humain s’écoule dans ce canal.
L’homme, la fixité qu’il écoute :
Rafiot-sécurité, fonds de cale,
Coulant, sédentaire, sans écoute.
Rainures fabriquées à quelles fins ?
A taille d’homme, tout est éteint.
Entaille humaine, dégoulinante.
Sur l’échelle céleste ? Scintillante.
Artères et ramifications désorganisées, tapies au sol.
Parfois, il vaut mieux regarder de haut, de loin, avec mépris. Et c’est un Allemand qui l’a écrit ! Conserver cette vision d’une obscurité qui, par endroits scintille, pour ne pas se laisser avaler par la noirceur à l’intérieur, au-dedans.
La noirceur, au dehors, le bandeau orangé de l’horizon cherche à la fuir, aussi. Des nuages fins, longilignes, étendus, le surplombent. Nuancier : noir chaotique, orange et bleu-crépuscule virant au sombre. Les couleurs fuient. Elles fuient l’inertie de la noirceur, pour aller colorer des ailleurs.
Nous avons décollé, pour Budapest cette fois. Je fuis, aussi, mais je fuis mon inertie, seulement mon inertie. Qu’il en soit ainsi durant ces jours ; c’est mon commandement : fuir l’inertie.
Plus tard, sur la fin de vol, les nuages nous chahutent : les turbulences de la fin du Mouvement. Ou les contractions d’une naissance à une nouvelle atmosphère. Souffle, inspire, respire, ciel ! Les tressautements, rodéo-céleste, m’amusent tandis que je gribouille ces lignes. Faites-moi tressaillir de plaisir ! Je me sens comme l’enfant qui, sur les plages, invoquait les vagues, sommant un dieu marin de me montrer ses muscles. La peur en moins, aujourd’hui. Lumières éteintes, rideau de nuages tombé.
Nous chutons, en contrôle, après avoir chahuté. Survol de Budapest, je vois la carte que je regarde depuis des jours ! La colline côté Buda, le pont, le Danube qui a la couleur du chaos. Le clignotement des lumières de la piste donne un accent dramaturgique à l’obscurité de la nuit. Je jurerais entendre Le diable vient d’atterrir. Le diable-Mouvement vient de sortir de sa boîte, pour me sauter à la figure !
Vols allers. Allez, vole !
Le vil, c’est demeurer ; ça vaut « ne pas choisir ».
Rester, fuir, c’est aller : refuser de mourir.
Jean-Marie Loison-Mochon
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