Brest, pour des mots sous les bombes

A l’occasion de son premier événement, la Maison de la poésie de Brest, portée par Yan Kouton et Magali Simon, a créé un graffiti sur proposition de Chantal Bideau pour répondre au thème Traces. Ce faisant, elle a suggéré un poème de Nezahualcoyotl (XVe siècle | roi-philosophe pré-colombien, actuel Mexique | poème de l’image en bas de page). Pour saluer ce lancement, qui a eu lieu à l’Atelier Papier de Pascale Zawadzki, quelques lignes évoquant celles sous les bombes

Dans cette ville marine et militaire, qui rime comme aucune avec l’Ouest

On ne commue pas les armes qui s’y dressent, qui s’y créent

Ni celles qui s’en vont serpenter dans des abysses

Mais récemment, il s’est passé ceci :

Qu’au sol des mots ont été mis sous les bombes

De phrases comme celle-ci, dont l’essence vibre au son du monde

Sous les aérosols six cents ans quasi, traduits par un pont tendu

A travers les âges oui, à effleurer des sagesses

A solliciter un nouvel agencement :

Un pont de plus dans cette ville détruite, qui en compte d’emblématiques

En mots inscrits par projection : précipité de temps

Enduits blancs et visibles comme la nécessité de la paix

Ecrits voilà longtemps, d’une civilisation ensevelie sous d’autres feux

Et des tréfonds des siècles, voilà qu’aux pieds d’un groupe

Un graffiti compte sa poésie, sous les pas des passants, les roues des tricycles

Rencontre au seuil d’un atelier, papier à composer

Chaque lettre apposée ici ou là, rendant compte d’une entente créée

La rosée n’en effacera rien, de sur ce béton dur et froid

Les mots sont des bombes, pures et fragiles

Dans la diction des lectures, dans l’édification d’une maison

De la poésie qu’on parle : soit de la vie qu’on perpétue

Pour sa force de persuasion massive, ou l’apport subtil qui reste en l’air

Et perdurera désormais ici à Brest, dans son foyer mobile

Pour un feu ne laissant ni cendres ni décombres

Mais qui en l’invoquant indique invariablement

Qu’il est d’un vocable aussi volcanique

De puissance et tremblements

Jean-Marie Loison-Mochon

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