Aux Trois moutons

« Nous avons bâti sur le sable… »

Tu sais ?

De ce que la plage recèle

Du sable et du sel et de la lune

De ce quai-là, du vert des dunes

Une aura naturelle, donc véritable

De ce qu’elle a d’essentiel mais invérifiable

Une aura est ainsi, ineffable étincelle

On aura bâti sur le sable

Des battues de pas, des troupeaux de chemins

De l’éphémère tout chaud dans l’éclair du couchant

Des ébats tumultueux, des humeurs friables

Des battues de pas, moutonnant le sable

Monte en nous la bâtisse d’un instant

Un tout menant à un rien, l’instant pour l’instant

Pour l’instant le jour tapisse une fin

Instable humeur bientôt dans l’abysse

On table sur une heure, on renverse le temps

Instable humeur, qui dans l’envers se grise

Quittant l’amertume du jour, l’océan

La nuit tend les bras, comme un néant moutonnant

La mer et l’écume et cette plage vont par trois

Moutons héliophages, haut lieu de bascule

Bientôt le crépuscule élira là-haut le doux ton de lueurs

Bien tard nous avons basculé sur le sable

La médiatrice qu’est l’horizon, ligne spectrale

Lectrice sous la lune, quel est l’horizon pour ces lignes ?

Nous avons bâti sur le sable trois moutons

Des points désuets, en suspension dans ce désert

Le sable a pâli sur ce livre que tu lisais

Des lignes désuètes, sous Orion suspendue

Ici des bulles guillerettes de cailloux, ma sœur

De fluets guillemets, d’indéfinissables ajouts

D’instables éclats téméraires, là des marées d’instants

De frêles équilibres dans le dédale d’airs libres

De dalles et d’étoiles : des instants

« … des cathédrales périssables »

 

Jean-Marie Loison-Mochon

Crépuscule d’un cycle

 

Citation d’André Gide

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires