Automne XXII

« You got to talk to someone someday

Cuz when the words are gone it’s to late »

Keziah Jones

Cette histoire aurait-elle un millénaire maintenant ?

Mille ans ou deux, ce jour où tu en gagnes un

Joyeux anniversaire, j’espère que le vent te porte

Peu important les erreurs et les nerfs tranchés depuis

Les Nord perdus puis retrouvés

Les errances sont nécessaires et dans ta petite vie toute faite

Celle qui t’incarnait, ou dans laquelle tu t’étais incarcérée

Dans laquelle tu étouffais, tu vins

A mes carnets, à ma chair et mes pensées

A plusieurs reprises à ma porte, pleine de pudeur et pourtant

Tu te rêvais de l’amour, d’y tomber comme ceux-là disent

Mais peut-être y voyais-tu davantage le salvateur

Dans ce qui relèverait de la mort régnante, d’une friandise

Dans ce qui révèlerait ton quotidien, enfin

Donnant du sens au fait d’avoir beaucoup trimé

D’y avoir beaucoup cru, et peut-être aussi

D’absoudre des temps lointains, ceux dans lesquels je ne t’ai pas connue

Mais dont la poudre parvint à notre présent

Roussie de cendres et d’un genre de substance virulente

Était-ce la violence, altesse ? le viol d’une enfance, qui s’espérait mieux ?

Dans ces aspérités-là, je ne suis pas entré

Je vis seulement que tu n’étais inspirée que par ta lassitude

Et une colère dormante, tonnante pour toute injustice

Comme l’air dans les cheveux de l’homme libre

Tu soignais les refrains des gamins, les je veux d’un tu pourras

A faire dire des mots, reverdir des locutions ; en soi rien ?

En soi, rien que ça ne les faisait-il pas miroirs ?

De toi locutrice, t’appliquant des savoirs à décennies de distance

A de ces niveaux d’interprétation… je n’irai pas au-delà

L’au-delà je vais t’y laisser, mais avant ça je t’adresse un présent

Je n’ai pas de rancune des passés, de tout ça qui fut si bref

De quelques semaines, quelques émois, aucun grief

Je manifeste simplement ces connaissances qui bientôt, bien tard

Me seraient inutiles, sauf à te les dire

Sois sauve, je ne vais pas te médire, t’abimer

Il y a mille ans ou deux et demis, et pas de quoi en être ennemis

Je t’ai laissé pactiser avec le désir, le mien de se livrer

Le tien, et je le sus après, de l’être à la violence

A ce qui se dit brutalité, vigueur voire rigueur dans les quintes

De l’étreinte jusqu’à la butée, telle était ta forme désirée

De douceur, de beauté, sur les plateformes de ces lits et sofas

Que souffris-tu qui te dessina ainsi ?

Qui sauf à se lire amour vicié m’était étranger

Et des tranchées sauvages que nous croisions, ton sang mon sang

Je n’avais rien dans ces sillons-là, pour te répondre bestial

Je ne suis pas sûr que cela aurait permis de te voir baisser le voile

Et te répandre enfin sincère et déliée

Dans un brasier fait des liens frottant sur tes plaies

Je ne dirais pas que nous n’avons rien fédéré, mais fait des erreurs si

Chacun la sienne, moi d’avoir été piqué curieux

De cette femme belle de cheveux noirs et de moues agitées

De ces secousses derrière les lunes tièdes de sa ville terne

De ces lamelles d’un feu à goûter, derrière ces lunettes détournant

Des reflets qui m’attirèrent autant que je ne sus les voir

A se susciter espoir je ne sais pas, mais la cécité des spores, si

Par déport d’années ou millénaires, chacun s’assène ses visions

Chacun la sienne j’ai dit, d’erreur, dans ces cités de tendresse

Et je crois que ce n’est que pour ça que je te l’adresse

Pour ces petits seins qui voulaient éveiller l’ogresque, en elle

Ces pétitions de tes avances auxquelles je n’ai pas ri, mais fait durer

Dans du rien tu pensais, et que tu me laissais froid, stoïque

Chacun ses mythologies dans la philosophie des séductions

Tout ça n’est plus qu’historique et en voilà une ablution dernière

De derrière toi une ultime nuit, puis à feu et à sang

Me retirer, comme une ombre d’un puits : tous deux exsangues

Je n’ai pas pris appui sur cette fin pour me raconter quelque histoire

Comme pour effacer qu’il se put que dans ces soirs, je n’étais pas celui

Qui pouvait te faire fumer d’émanations, te faire perdre les esprits

Par effet d’encensoir traversant ton corps, dans le balancier aléatoire des nôtres

Ce serait aller, à tort, à revers de mes mains, tes reins, nos pentes

Tout est redescendu depuis longtemps, l’écho n’en est plus qu’ici

L’ego plus qu’épluchures mises dans un balluchon stellaire

Lancé sur je ne sais quelle orbite, où s’en palucheront des trous noirs

Toute l’essence du vide est ici

Que je nous sus étincelant puis déçus

Et dans ce lent tintamarre des souvenirs, des suaires de lunes

Je remue tout ça comme un dé, un ossuaire à vérités

Je dis simplement que je t’ai vu brûler deux fois

Sous l’étreinte de l’émotion, et sous un mot surgi

Que soudain nous aurions pu nous dire adieu

Je ne te chassais pas, je ne suis pas ce genre d’Orion-là

Mais dans ce sachet de passes que nous partageâmes

Et dans ces agitations de tes yeux flous de tristesse

Petite altesse indécise, sur le sable de cette plage, j’aurais dû te laisser

Nous aurions eu du mérite à le faire

Je ne t’avais pas vaincue et ne l’avais jamais cherché

Mais la mèche ici avait atteint son but, fini son chemin

Vers ce lieu où acculée j’aurais pu te faire imploser

Et toutes les revoyures et propositions qui suivirent…

Elles ne servirent à rien, que nous étourdir face à ces murs

De ta peau, de tes pensées, de tes pores, de tes passés

Je sais que je ne fus pas une passade ; un passage peut-être ?

A ces murs claquer, se replaquer, dans l’écrin des désirs frustrés

Je sais qu’en cet instant j’eus la réplique, et tout eût pu cesser là

Et il n’y eut rien de clinquant dans les suites

En paroles ou écrits, tu crus sûrement que je m’essuyais les pieds

Quand je m’essayai plutôt à nous éviter les pièges

Et t’inviter à voir ce que j’avais vu, dans le liège bouchonné

De nos ivresses remontées, dont tu te pensas sûrement des aigreurs

Quand je continuai ensuite à me dispenser des erreurs

Celles-là qui m’appartiennent et qui m’ont donné à penser

Sagement je ne sais pas, ça… je m’en fiche

Comme ces mots qui sonnent à l’excès, mais ils sont les derniers

Alors la mollesse dans la sincérité serait un genre de sacrilège

Dans la moulinette des jours depuis, une femme m’a dit

Faire la paix avec ses passés, et je n’y pris pas d’instruction

Mais maintenant que tout ça est bien espacé

Nos ultimes spasmes sont à naître

Et ce qui prime dans tout ça, ce furent les erreurs j’ai dit

La mienne un peu éclaircie, sur ces temps sombres d’alors

Et sur ce ton sombre de ton corps, peut-être la tienne a-t-elle été

De ne pas, venant vers moi, avoir choisi la bonne tonalité

Peut-être au fond ne voulais-tu pas un baiser, une histoire

Peut-être n’étais-tu pas prête à te délivrer autrement qu’ainsi

Dans l’insignifiance physique diraient certains

Dans une authentique et vulnérable réponse, j’aurais dit

Dans le paradigme d’un sexual healing

Mais tu nous as raidis autrement

Autrement dit : peut-être eus-tu pu dire plutôt ?

Bien plus tôt que tu nous voulais juste d’être à l’autre

Un peu moins tout, un peu plus rien, un peu putes, un peu tendres

Mais ta timidité t’en rendit puritaine ; pudeur, pudeur…

Or il n’est plus l’heure de rien entre nous, que d’en finir

Supputant que tu ne pouvais pas un baiser, mais juste le verbe

Que c’eut été t’emmener mieux vers toi-même

Et il n’est ici ni gouaille ni verve : je scelle à l’instant

Dans un coffre, la pagaille de nos affres et mutuelles offrandes frustrées

En rituel je nous offre le pardon, sous pli envoyé de mes parts d’ombres

Puis l’oubli d’une éternité, dans lequel nos vies sauront mieux se déployer

Jean-Marie Loison-Mochon

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