Au hameau des chats
L’asphalte y entre, comme une langue
Là où le chemin des écoliers débouche
La patte fatiguée comme au bout d’escaliers
C’est qu’il y en a à monter, d’en bas jusqu’ici
La pente a rendu le souffle étriqué
La langue bien pendue, mais muette
L’asphalte y serpente, entre des maisons
Habitées sûrement, car entretenues
Mais on n’y a jamais vu, mes yeux et moi
D’humain dûment identifié
Du dimanche au lundi au dimanche
Je ne mens pas, je n’ai pas vu d’humain ici
Se pencher sur ma venue, serpenter d’une œillade
Je ne m’embarrasse plus de savoir si l’on y vit
J’y vins au soir venu, ou au matin
Ma langue au chat pour si quelqu’un y vit
Sur l’asphalte chaud qui serpente ici
De longues siestes s’opèrent, à six ou dix félins
On s’y perd dans le sommeil, addictif plaisir
Et puis l’on se déplie, et puis l’on se replie
J’arrive et ne suis pas d’ici, d’où l’émoi
On redéploye ses pattes, on me regarde moi
Qui ne suis pas d’ici, alors on me suit du regard
Je n’ai pas tant l’air dangereux que dérangeant
Je prends la tangente moins vite qu’eux
Sur cet asphalte pentu et visqueux
La patte fatiguée, je brûle d’une énergie
La pente m’a fatigué mais je poursuis
Je dérange ici, des siestes, des vies
J’en brûle une en forêt, la forêt m’était une vie
Je m’étrenne ici, une vie de plus
Le fort est celui qui se poursuit, le faible qui n’essaie pas
Et ces essaims de chats se poursuivent au hameau
A Forêt Brûlée, le crépuscule faiblit
Il l’a brûlée, la forêt, en bousculades de foulées
En bascule des rayons, une vie de brûlée
Eberlués de voir un humain revenir,
Au hameau les chats s’inquiètent, du devenir des rêves
Au hameau des chats, moi humain je m’élève
Misant ici au milieu des maisons isolées
Misant ici une vie de plus, à l’horizon enflammé
Au Mizieux je ne suis qu’humain, et pas
Quand en ce hameau il vaut mieux être chat
Alors dans les yeux mi-clos du soir
C’est un crépuscule que je chaparde
A ces yeux félins qui me regardent, éberlués
J’en chaparde aussi les belles lueurs
Reflets de ces yeux félins, à la lune qui darde là-haut
Et du hameau des chats je redescends
Le sang plein de nuées, comme une nuit invoquée
Jean-Marie Loison-Mochon
Crépuscule d’un cycle