Archipelismo – version courte et poétique
Et si dans quarante ans
Le monde avait été sidéré ?
Que d’ici un rien de temps
Une onde en secouait l’indiscipline ?
Il se coudrait alors un futur blessé
Où il faudrait recoudre et le passé, et le présent
Un monde aux forêts d’îles
Car l’onde aurait rasé les continents
Et l’on dirait « allez », on aurait beau dire « allons »
On ne pourrait plus aller, pris par l’hiver
La malédiction d’un long, long hiver de cendres
Et au sortir, à l’air de dix ou quinze années
La réédition d’un long, long calvaire
Car à l’air d’après quinze années, si de mauvais génies…
Du mauve s’ingéniait à luire au crépuscule des fumées
Si l’asservissement renaissait, vers une hégémonie ?
Comme en une Egée maudite, à errer
Trois héros y chercheraient leur île ou sa vision
Oui car dans ce péché d’une redite
Il s’apercevrait deux visions au futur du monde
L’un vraisemblablement majoritaire, de dépendance
Mille semblants d’îles derrière, en rangs d’oignon
Et l’autre invraisemblable, en dissidence
Se disant vulnérable et libre, comme des amants
Ici danserait un discours au pupitre, une femme
Et quarante ans de sable de temps avant ce chapitre
Une autre femme, et un homme, s’étant trouvé désirables
Il se tendrait alors des lignes ou échos
Qui sous-tendraient l’absence, ou prendre fait et cause
Des visions cendrées de manque : organismes exposés
Comme un lichen ou des coraux, qui en quarante ans
Qui en quarante ans auront muté
Et sous-tendront des liens, comme si la nature voulait lutter
Femme ou homme en îles, après le diluvien
Ne se demandant plus d’où l’on vient mais où l’on va
Ne se demandant presque plus « et si ? »
A l’écoute d’un sentiment brûlant nommé désir
Et où qu’ils aillent, quelque bataille qui soit, au fond
L’insensé somme le souvenir de reconstruire
Ce monde où la main invisible serait rejetée
Ce monde où la main invisible agiterait
L’invincible volonté de ceux voulant construire des ponts
Au côté de peut-être trop peu, voulant bâtir
Des troupes écoutant les coraux, venus se blottir
Indicibles sous la mer, venus soutenir le souvenir
Répondant au crible amertume, en ponts dans ce monde
Rebonds dans l’écume, d’un possible autre futur
Jean-Marie Loison-Mochon