A la jonction des saisons

L’autre fois sur l’île, j’étais à demi

Voire au quart, à l’été

Autre Groix, solitaire entier

Boire au quai, au café d’un souvenir

Autre Groix aujourd’hui, à l’effort

Au quart parcourue, un jour

Retour : entière à pas courus

Je suis parti pour revenir, entier

Crépuscule coché dans l’avenir

Or l’avenir était hier, encoché

A la bascule de l’été hier

Bascule d’avec celle d’avant hiver

D’exceller à l’effort, j’ai remonté la pendule

A l’appel des pas courus, j’ai regoûté

A tes côtes, îlot, à la fonte énergique

J’ai discouru en mouvement, seul utile

Accolé à l’horizon, une ronde frénétique

Je me suis parcouru

On voudrait réaccorder les temps, cycliques

Mais on ne peut regoûter au parcouru

Cycle n’accordant qu’une fois son temps

Son corps d’alors avait son chant

Des sons concordants, mais différents

A l’effort les sens aussi furent différents

Eveillant des bifurcations de pensées

Effet de l’effort : ouvrant des puits

Des plages de sable, ouvrant l’horizon

Ouvrant des alpages vulnérables, en moi

Des pages recouvertes, sans effort

Des pages découvertes, sous effort

Redécouvertes plus encore, au contact de ces lieux

Tant d’actes essaimés, que l’effort sait révéler

Des pensées relevées, ces fois

Cette fois d’or au soir d’août, colère

Quand ma colère, à ta voix s’est faite ferveur

Cette fois d’un rien avant, d’un tour encordé

La corde au cou dans une escalade en pesanteur

Cette fois d’un récent été

Accord des sables, est-ce qu’à la douceur je tendais ?

Les fois où je n’attendais rien, je vécus plus fort

Des mois d’août à Groix, de perclus à mieux percevoir

Je me suis aperçu qu’en moi, les libertés se répandaient

Nos libertés se répondaient, je m’y perçus écho

Je me rappelle d’elle, de ce tour sous torpeur

Mais je me rappelle plus volontiers des percées

De quand je me suis perçu libre : entier

Tout entier dans un même août, ou un autre

Ou amitié ici, ou ivresse d’initié là-bas

Sous l’abat-jour descendant

A la bascule retour, crépuscule se fendant

Crépuscule fendant l’horizon, hier la saison

L’hiver arrivera mais ce soir dehors

J’expose mon corps à hier et aujourd’hui

Au jour luit l’or de certaines heures, entières

Au jour bruit l’errance aussi, dont je suis peu fier

A la nuit s’ajoure tout ça, près du fort

Je m’endors ici dans la fuite des lueurs

Je m’éveille ici au fort, fait de toile et de froid

Qu’est-ce que la ferveur retombée ?

André, à toi je laisse la réponse

Et je me repense en clameurs, en pas au port

Je m’emporte ici à ce café

Le café de ta voix insulaire : ferveur d’alors

Au port il n’est pas 9 heures mais un îlien demande

Un peu de ferveur et d’ivresse, à demi

Quand le réel fait corps : pas de légende

J’ai ma propre liesse, par quart ou entière

Les gens d’ici se connaissent, se reconnaissent

Moi je reconnus ta voix ce soir-là, altière

Mon prénom à nu dans tes lèvres

Le rêve fit irruption sur l’île

Interruption du réel, de ses peines inutiles

Alors à l’effort hier et aujourd’hui, je suis revenu

Sans attendre rien, car c’est inutile

Tu m’étais apparue, comme une sirène ou un secours

Secousse à mes rêves d’homme, dans lesquels tu étais apparue

Ce coup, ce fût le début du renouveau

De ceux-là qui crèvent les bulles empoisonnées

A Groix soudain, le rêve n’était plus cloisonné

Et j’y revins, et je reviens, arraisonner ma ferveur

A Groix dans de brèves lignes d’horizon

Où s’achemine le vin, et ses couleurs qui hululent

Ici à Groix, ma ferveur de crépuscule

 

Jean-Marie Loison-Mochon

Crépuscule d’un cycle

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