Vos y yo – VIII – version traduite
A la vérité, ces matins-là j’ai la sensation de perdre la raison tellement je m’énerve pour… un rêve. Un rêve ! Quelque chose qui n’existe pas, comme un livre que personne ne lit. Mais c’est aussi ça de faire des hypothèses sur le futur. C’est de combler du vide, l’incertitude de ce qui est encore inconnu, pour rassurer le présent, lui donner une prise sur le temps. Le problème c’est que… vuvulnérable comme je le suis ces jours-ci, entre notre mission ici et partir de toi, m’imaginer le futur ou me représenter le monde, c’est très difficile, et ce sont les visions qui s’imposent à mes yeux plutôt que moi qui les dessine. Alors quand en plus les rêves s’y mettent, c’est une équation…
Des fois je me demande si quand à l’intérieur de moi, mon âme hurle contre toi, ou pleure, ou pense fort à toi, si à ton tour tu le ressens, le reçois, où que tu es ? Tu m’avais parlé un jour des liens invisibles, que tu croyais que on a. Et que ça te donnait confiance dans certaines formes de futur. Tu disais que ce n’était pas la foi mais quelque chose comme la Providence, que l’on fait se actionner entre nous. Par la volonté, l’amour, la tendresse, la colère, la haine. Si ça existe, si tu as raison, alors dans ces matins-là, mon âme qui hurlait tu as dû l’entendre de très très loin, ou alors très très près. Je voulais te brûler avec juste un regard, te faire frissonner avec juste un seul cri. J’étais habitée par ma vision du rêve et je pouvais rien faire que te voir et te revoir avec cette femme tout contre toi. Et j’avais beau me raisonner, me dire que ce n’était pas réel, la fureur en moi elle me mangeait. Et même si c’était vrai… même si c’était vrai, et alors ?
Je sais que contre moi, malgré toute la douleur que je t’ai mis de partir pour de bon, ou de t’avoir blessé encore et encore avec mes silences, mes distances, mon… incapacité ? à te montrer tout de moi, ou l’impossibilité à cause de la mission, je sais ! Que contre moi, tu as pas le moindre sentiment de haine. Tu as de la colère peut-être, mais contre l’incompréhension et pas contre moi. L’incompréhension comme une injustice. Je sais que je t’ai blessé une fois, quand je t’ai dit que je pouvais pas t’admirer parce que on était trop similaires. Et que j’ai dit une bêtise après quand j’ai dit que ta colère contre les injustices, ta colère… que moi j’étais comme toi avant, et que tu ne devais pas continuer de vivre ainsi. On dit beaucoup de bêtises des fois… je sais que je ne suis pas plus avancée que toi sur la colère, que je ne sais pas gérer, maîtriser mieux l’injustice du monde. La preuve, regarde où je suis ? Dans les montagnes, à poursuivre un but… fou, avec des inconnus. Je sais que je suis pas en avance sur toi là-dessus, même si ce n’était pas une course. C’était injuste, de te blesser comme ça et ce que je veux dire, justement, c’est que si, je t’admire. Tu as toute cette colère en toi, tu regardes toute l’injustice autour, et même celle qui vient de moi et pourtant je sais, que où tu es, tu absorbes ce poison. J’admire ça, que tu ne laisses pas ce poison t’empêcher d’être toi-même, que tu le convertis en autre chose ou que quand tu peux pas, tu résistes de tout ce que tu peux.
Moi, quand je prends un coup, je ne sais pas faire autre chose encore, que de donner un coup en échange. Regarde, ces rêves… tu me blesses dans mon imagination et au final, qu’est-ce que j’ai fait le matin ? Le matin, je souffre et je veux te blesser, te faire saigner, mettre tes terres à feu et à sang. Crois-moi, j’essaie de me inspirer de toi. Je me demande ce que tu ferais.
Je te imagine, pour te copier un peu. Je pense qu’après un rêve comme ça, tu essaierais de récupérer… le battement de ton cœur, d’avoir le souffle moins mauvais. Et petit à petit, même après de longues minutes si il faut, tu te lèverais et tu reprendrais tout le rêve, toutes tes pensées, de face, comme si tu te relevais dans les vagues. Et que peu importe que leur rivalité (tu aimerais… l’image, avec tes carnets) elle soit supérieure à la tienne, et qu’elle te remet par terre. Au moins tu ferais face et tu te relèverais encore. Moi je peux pas. Je fatigue, je dois chercher des conditions meilleures, m’armer mieux face à tout ce qui vient sur moi, et répliquer. C’est une forme de réaction. Et ne crois pas que je dis que tu ferais que résister. Je sais, que tu prépares quelque chose de plus, plus loin au-delà de résister et absorber le poison. C’est simplement… moins impulsif que moi, moins sous l’impulsion de la douleur. Que toi tu m’as fait dans mon rêve par exemple.
Oui je te admire pour ça, de ne pas me haïr même si tu souffres. J’espère juste que tu ne resteras pas avec cette souffrance et que dans ta vie, un jour tu agiras, plus. Ne le prends pas mal.
Au fond, quand on part dans la neige ces matins après le rêve, c’est une bonne chose pour moi, un peu. Car j’occupe mon corps et mes pensées, je les dé-pense. Tu as vu ? C’est drôle ce jeu de mot. Comme divertido/drôle, d’ailleurs. Se divertir, faire… diversion ? De soi, de moi, que ces lignes elles me sont difficiles de plus en plus, à te écrire, comme il serait difficile de rester immobile face à ce rêve que tu me fais faire souvent. C’est amusant car je sais ce que tu dirais, que je m’agite. Et que je me suis toujours agité autour de toi, de la vie que j’avais, quand j’étais autour de toi. Tu disais… que toujours j’arrivais en retard ou pressée, que toujours je me donnais une heure pour repartir que toujours le temps il passait trop vite car je faisais toujours quelque chose en plus d’être avec toi. Je sais que tu regrettais, que je me agite mais tu le disais gentiment. Comme de me voir partir et planifier mille choses pour la semaine suivante, le mois d’après. Que tu regrettais que nous ne profitions pas plus, avec prendre le temps de ne plus regarder la montre, ne plus regarder l’heure. Eh mon beau… toi et moi on sait que c’est un peu parce que je ne pouvais pas, faire ça. Ça me brûlait, même de jour, d’être auprès de toi, et il fallait que je bouge vite, je ne pouvais pas rester trop longtemps, sans rien faire auprès de toi que de… penser à toi et moi.
L’action, ne pas m’arrêter, ça me… je crois que ça me permettait d’oublier un peu que j’étais en train de m’attacher, de plus en plus à toi, que ça je ne pouvais pas le contrôler. Alors je préférais prendre le contrôle du temps, de nos temps, par le début, par la fin, et rythmer mes pensées d’autres choses que juste toi et moi, de… diversion, oui.
Et je sais que tu trouvais pas ça amusant, drôle. Et que dans ces temps où on existait, que tu avais la sensation que on n’existait pas autant qu’on pourrait, et que pour toi aussi, je te laissais pas le temps de me montrer… ton envergure. Je sais, je sais. Et je fais pareil ces matins après le rêve de toi et cette femme. Tu vois, partir dans le blanc, ça me permet d’aveugler le rêve, un peu. De faire en sorte que tu disparais un peu, que les tirs d’images, de toi avec cette femme parlant de toi et moi, à feu et à sang, que… les tirs s’éloignent de mon cœur.
Mais la neige, on s’y habitue et quand c’est le matin, qu’il n’y a eu personne à part un chevreuil ou je ne sais quel animal, le blanc les yeux s’y… habituer ? S’y habituent. Et le blanc de la neige, on dirait une page de plus, vide, sur laquelle tu n’es pas mais sur laquelle ce rêve vient s’écrire, ou page que je dois écrire encore.
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