Vos y yo – VI – version traduite
Au cours de la soirée, ou même juste après de cette fois… cette fois-là dont il ne faut pas qu’on se souvient. Maintenant que c’est terminé, à quoi bon, dire ? ça s’est terminé, et même si ça peut illustrer un peu ce que on a manqué, à quoi, je te le demande mon Jules ?
J’ai paru distante après, dans l’appartement. J’ai aimé pourtant, comme tu me regardais me rhabiller à côté du lit. Tu avais cet air que tu avais d’autres fois… tu étais là, nu, allongé sur le côté, la tête dans la main. Et tu mangeais chaque bout de moi, chacun de mes mouvements. Nu, tu étais si… j’aurais pu revenir, m’allonger à nouveau. C’est bizarre, parce que même si j’étais frustrée de notre distance pendant l’amour, j’aurais presque voulu revenir nue contre toi. Si détendu que tu avais l’air ! Nu ! J’aimais beaucoup cette décontraction de ton corps. On aurait dit comme une statue. Tant de sérénité… Parce que oui, tu me regardais avec cet air qui disait : je sais que quelque chose ne va pas, je sais bien que ça n’a pas été mais je vais te sourire parce que à quoi bon être triste ?
Et tu me regardais. Comme avec une immense curiosité, affectueux, et un regard de patience. Je suis désolée, je voulais me rhabiller vite aussi car il y avait le sang et puis ce chat qui pleurait, pleurait. Je voulais aller voir. Alors oui, j’ai dû te donner l’impression de fuir. Mais j’ai toujours fui un peu, c’est vrai. Comme une chatte, sauvage…
Ensuite dans le salon, je t’ai servi de ce mauvais vin que j’avais ramené de notre fois d’avant. C’est drôle, c’est comme un symbole encore, non ? De la mauvaise ivresse. Et un autre symbole après, d’ouvrir une autre bouteille, la dernière entre toi et moi, mais meilleure. Le sang des vignes, tu dirais, hein ? Une meilleure ivresse. J’avais encore l’air distante et quand je me suis assise pas loin mais un mètre quand même, j’ai vu, que tu as eu un regard bizarre mais pareil que dans le lit : il a disparu vite, et tu as souri, avec patience, compréhension. Je sais… je sais que je ne savais plus, j’étais perdue, de savoir que j’allais partir pour la mission mais aussi que je voulais profiter de ce temps avec toi. Et tu as encore une fois été si… ouvert. Tu n’avais pas peur, toi, de t’exposer. Alors tu t’es dit que tu pourrais me montrer un peu de ton passé, cette époque de ta jeunesse quand c’était difficile avec… non, pas difficile. Que ton père il a disparu. Je suis désolée, j’étais loin. Je t’entendais, je voulais t’écouter, je sentais que tu voulais me laisser entrer mais j’arrivais pas. Je me sentais loin, agitée. Perdue. Et j’ai culpabilisé, car je savais que c’était beaucoup de me dire ça, de te montrer. C’est moi qui te l’avais même demandé tant de fois avant. Tu as senti, que j’étais loin, alors tu as raccourci. Tu as dit « une autre fois » même si tu savais qu’il n’y aurait peut-être pas une autre fois. J’aimerais avoir ce courage que tu avais ce soir-là quand je serai face à la difficulté de ce qui m’attend, ou même face à la mort, qui attend aussi, de pouvoir faire comme toi : sourire et dire après.
Je t’ai beaucoup reproché, je sais, de toujours dire après pour me raconter toi, mais je sais bien… tu voyais que j’écoutais que de loin, et que ça… cela ne servait à rien. Alors en te faisant le reproche, je me faisais un peu le reproche à moi-même, de ne pas savoir m’ouvrir et t’écouter, alors que je le désirais.
Il y avait cette ambivalence en moi, exactement dans ce même moment, de vouloir être proche de toi, encore plus proche, et à la fois, de l’autre courant que en moi il disait… cette chose que j’ai fait tout le temps en fait, de ne sélectionner ou ne me focaliser que sur le moins bon de toi, pour me convaincre que ça ne pouvait pas. De presque choisir de voir que ce qui me plaisait le moins chez ou du moins, ce qui chez toi me mettait dans une sensation d’inconfort parce que je ne comprenais pas tout. Je sais que c’est délirant… c’est comme si j’avais toujours voulu garder une porte de sortie, la porte entrouverte, alors même que si je suis entrée en nous, c’est parce que la lumière et la chaleur m’avaient attirée. Ta lumière, ta chaleur, toutes les parts de toi qui m’ont séduite mais qu’à partir du moment où j’ai entré dans notre pièce, j’ai presque fait exprès de moins voir. Les voir assez pour avoir envie de rester, mais pas trop non plus pour ne pas avoir la sensation que je m’enfermais dans un amour pour toi. J’ai été comme un papillon au fond, éphémère, attiré par la lumière, mais j’ai pas fait long feu, ou seulement à des moments, seulement à la nuit, au soir, à la lumière d’un peu de toi. Le reste du temps, je fermais ostensiblement les yeux devant l’homme que tu étais, que tu voulais me être. Mais si j’ai mal aujourd’hui et que je pleure de l’encre, c’est que je savais bien, à l’intérieur, je sais bien, trop, que même quand on ferme les yeux sur le monde, le monde il est là quand même en nous, comme un rêve ou cauchemar dans le sommeil. Et toi tu étais là. Je voulais pas te voir rêve, mais je voulais pas te voir loin. Alors j’étais là mais pas tout à fait, et j’étais loin mais pas tout à fait non plus. Dans la pièce de nous, je suis restée mais en gardant la porte de sortie entrouverte tout le temps, je sais bien, que j’ai pas laissé grandir une atmosphère, que j’ai pas laissé se créer une atmosphère totale de chaleur, d’intimité, … de nous.
De ça tu peux m’accuser et sincèrement, je m’en excuse. Maintenant que je suis partie, tu dois avoir ce sentiment étrange de nous avoir perdus, et peut-être aussi de t’être perdu un peu dans mon regard, dans l’image déformée que je faisais de toi en détournant les yeux de ce qu’il y avait de plus stupéfiant en toi. Du coup tu te sens peut-être bien, oui, doublement volé, démuni, alors même que ce n’est qu’artificiel et tu le sais. Tu le sais, que tu me plaisais plus que ce que j’ai montré souvent. Tu le sais aussi, que tu vaux beaucoup plus que ce que j’ai choisi de regarder chez toi. Tu étais plus. Mais seulement moi… j’étais pas capable d’être pénétrée de tout ça, alors il fallait que je peux sortir, à quelque moment que ce soit. Comme je l’ai fait, il y a quelque temps maintenant…
Et pour cela oui, il était plus facile de te diminuer des fois, dans ma perception, comme un paysage qui s’éloigne. Tu as voulu me montrer les détails de toi, les perspectives de toi, de nous. Peut-être, là, que tu fis… peut-être que tu as fait une erreur. C’est même sûr, maintenant que je le écris. Tu me laissais libre de venir, revenir et allais même plus loin, au-delà. Parfois, tu laissais entendre que ta vie, tu pouvais l’adapter, la modeler comme tu le veux et la faire un peu plus à ma forme. Tu voulais me donner un sentiment de liberté supérieur encore auprès de toi, mais en disant ça, ce que tu fis c’est te mettre à ma merci, et donner du grain à moudre à mes peurs. Mes peurs qui avaient un frein à aller plus loin, et mes peurs qui essayaient de te décrire comme… d’avoir tout mais pas assez. Tu as nourri l’inconsistance, que mes peurs voulaient voir en toi pour m’empêcher d’approcher. L’inconstance, ça peut être charmant parce qu’il y a des surprises et pas de monotonie. Ça c’est le toi qui m’a attiré. Mais l’inconsistance, c’est le toi que mes peurs ont étiré, fait grandir : l’inconsistance, ça te rendait pas saisissable, compréhensible, et ça te gardait à la juste distance pour que je peux décider de partir à tout moment sans risquer d’y perdre le cœur. Parce que ensemble, hein, comment ? Comment ne pas risquer un cœur ?
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